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29.11.19

A-t-on idée de vivre dans une demi-conscience une demi-existence une demi-vie ? J’écoute la Passion selon saint Matthieu. Le ciel est bleu. Il y aurait à faire autant de notations acoustiques que de notations climatiques. Le tout forme une atmosphère, mais je n’ai pas envie de la décrire. Dans mon carnet secret, je note des phrases secrètes. Tout est une question d’ordre des mots dans la phrase, d’ordre des phrases dans l’esprit, d’ordre de l’esprit dans le monde. On pourrait tracer une courbe ainsi, une courbe qui partirait ainsi du carnet secret pour s’accrocher à la destinée de l’univers. Nous en faisons tous partie. Nous y sommes tous pour quelque chose. Évidemment, tu le vois, ce qui intéresse la majorité de tes prochains et ce qui occupe la majorité de ton temps, tu le vois, si ce sont toutes des majorités, ce ne sont pas les mêmes majorités. Toi, tu serais plutôt l’infime minorité d’une minorité. Graphomanes sans nul droit de cité. Pas de voix au chapitre. Graphomane sans gramophone. En guerre contre les expressions toutes faites de l’immensité de l’expérience humaine réduite à presque rien, épluchures de la peau de chagrin, êtes-vous tout à faire d’accord plutôt d’accord plutôt pas d’accord tout à fait pas d’accord n’en avez-vous rien à foutre ? Le dire, ce ne serait pas exagéré, mais à quoi bon ? J’écoute la Passion selon saint Matthieu. Le ciel est bleu. Crois-tu que si je me répète ces deux phrases un nombre suffisamment grand de fois, plus rien d’autre n’aura de sens ? Crois-tu que le monde, ou l’infime petite partie de l’infini univers que j’occupe et qui me préoccupe, sera enfin en paix ? Tu ne seras jamais en paix. Je ne serai jamais en paix. Ai-je écrit aujourd’hui dans mon carnet secret. Cela, au moins, je peux le dire, ce n’est un secret pour personne. Le reste, c’est impossible à trahir. Pas encore, patience, un jour tout sera élucidé. Crois-tu qu’un jour tout sera élucidé ? Ou bien, comme ce n’est certes pas un secret pour moi, la paix s’échappe dans l’espace laissé béant de cette impossibilité à tout élucider ? Si je pouvais tout élucider. Si tout pouvait être élucidé. Une éclaircie qui ne s’achève, pas l’ombre d’une ombre. Un monde invivable en somme, sans abri, sans refuge, éternelle canicule, esprit au soleil grillé de la vérité. Pas un nuage dans le ciel, pas une idée en tête. Que le ciel transparent sans rien. J’écoute la Passion selon saint Matthieu. Le ciel est bleu. Mais il y a des nuages. Clairs. Plus ou moins gros. Pas menaçants. Si on les regarde attentivement, on dirait presque qu’ils donnent un sens à tout ce bleuté, sans eux, ce serait peut-être un peu creux toute cette étendue de bleu. Je ne dis pas ce que je ne dis pas, je n’aime rien tant que le bleu pur du ciel immaculé. Mais ne finirait-on pas par s’ennuyer devant tant de clarté ? Il faut aussi des idées bizarres, des idées qu’on ne comprend pas, comme de faire l’inventaire des monstres dans les Mille et une nuits, traduire des langues qu’on ne maîtrise pas, s’imaginer en un endroit où l’on n’est pas. S’aventurer. S’éloigner. Flotter dans l’atmosphère. Bonne journée.

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