comment 0

13.12.19

Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que si on ne part pas d’une question à laquelle on n’a pas de réponse à apporter, on est un charlatan ? Parce que personne ne pose plus que des questions rhétoriques, déguisant en questions des affirmations ? Il n’y a personne, pas l’ombre d’une personne, que des charlatans. Mais ce n’est pas une réponse. Tu ne croyais tout de même pas que j’allais te la donner ? Je ne sais même pas pourquoi je continue à me poser des questions. D’ailleurs, je n’ai même pas vraiment envie d’écrire. C’est peut-être le rhume. Un effet dont le rhume est la cause. La dépression de la dépression. Depuis hier, je passe presque toutes mes journées à pleurer. Je ne suis pas fatigué, pas trop, mais je suis quand même (un peu) handicapé : qu’est-ce que tu peux faire quand tu passes ton temps à pleurer ? Et puis, quitte à pleurer, j’aimerais autant être triste, vraiment triste. Mais non. Est-ce que, quand on a vécu un certain temps sans mourir — j’entends par là : en résistant à l’envie de mourir, à la mort des gens qu’on aime —, on finit par ne plus rien ressentir ? Est-ce qu’on ne pleure plus que quand on souffre d’un rhume de cerveau ? La maladie d’Héraclite. Πάντα ῥεῖ. C’est peut-être la malédiction des partisans de l’écoulement universel. Une fois dans l’année, au minimum, passer tout son temps à pleurer, essuyer les sécrétions, nettoyer avec force sérum une physiologie qui pourtant répugne à s’épancher. Les gens pleurent, mais ce n’est pas la vérité quand toi tu essaies de te tenir au plus près de ce que tu es, au plus ou au moins, au plus près ou au plus loin. Je pleure pour de vrai. Je ne pleure pas pour de vrai. Qu’est-ce que j’en sais ? Aujourd’hui, entre deux crises de larmes, j’ai écouté le deuxième quatuor à cordes, opus 10, d’Arnold Schönberg, celui qui marque le passage de la tonalité à l’atonalité, comme on dit, deux mouvements tonals et deux mouvements atonals. C’est un quatuor à cordes un peu particulier parce que, dans les deux mouvements atonals, une soprano chante. Des poèmes de Stefan George, dont le deuxième dit  pour commencer (quatrième mouvement du quatuor) : « Ich fühle Luft von anderem planeten. Je sens l’air d’autres planètes. » Tout coule. Mais tu restes là. C’est impressionnant, le nombre de paradoxes qu’on parvient à dégager de situations banales, quotidiennes, triviales, quelquefois. Peut-être que je suis trop seul. Peut-être que je deviens fou. Peut-être que je vais finir par découvrir quelque chose que je n’aurais pas pu découvrir autrement. Peut-être. Peut-être pas. Qu’est-ce que j’en sais ? En ce moment, ma vie est un peu comme ça. Un grand écoulement avec des trous dedans. Dans ces trous, il n’y a pas du vide. C’est l’inverse. C’est dans l’écoulement qu’il y a du vide. Les trous dedans la remplissent d’un simulacre de vie intense, d’un semblant d’existence. C’est peut-être là que je vais finir par découvrir quelque chose. Peut-être pas. Peut-être.

IMG_20191212_204106_Bokeh.jpg

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.