1.1.20

Pourquoi est-ce que je continue ce journal ? Pourquoi est-ce que je continue de l’écrire ? C’est une question qui se pose, et pas à cause de la date, mais surtout à cause de la durée de la chose. Est-ce que je vais faire ça tout ma vie ? Mais pourquoi ? Ou pourquoi pas ? Pourquoi est-ce que je continuerais sans m’arrêter ? Mais aussi : pourquoi est-ce que je m’arrêterais ? Pas de solution définitive. Que des hésitations. Bon, donc, je fais quoi ? Rien ? Il y a quelques jours, je me suis dit que j’écrivais toujours de la même façon. Pas en général. Pas tous les livres que j’écris. Non, le livre que je n’écris pas, ce journal. J’ai eu l’impression que depuis un certain le style de ces pages était toujours le même. Ce qui n’est peut-être pas si grave que cela. Après tout, n’est-ce pas à cela même qu’on reconnaît un écrivain, à sa petite musique ? J’en ai déjà parlé. Est-ce à cela qu’on reconnaît un écrivain, à sa petite **** ? Cela, en revanche, je n’en ai jamais parlé. Ce que j’en pense ? Rien. Je me pose la question. En tout cas, me disant que j’avais l’impression de toujours écrire de la même façon, disons que ce n’était pas bon, ce n’était pas un compliment, au contraire. Grande lassitude. Pourquoi continuerais-je cette chose si c’est toujours la même chose ? C’est quoi, une chose ? Ne change pas de sujet. Sauf que c’est peut-être le même sujet. Bref. Pourquoi est-ce que je continuerais ce journal si c’était toujours le même journal ? Mais, si ce n’était pas toujours le même journal, ce ne serait pas un journal. Il faut toujours que tu fasses le malin, pas vrai ? Je préfère faire le mammifère malin plutôt que de pas manger de fer du tout. Dieu m’en est témoin. Il est ici présent. Brûle petite bougie. Plus guère (guerre !) que des restes d’huiles essentielles — citron, bergamote. Ah, bergamote : Dieu a compensé ton incomestibilité par la sublimité de ton parfum. Agrumes, mes amours. Tout se tient. Le masculin. Le féminin. Qu’est-ce que je vais écrire à présent ? Tout semble si présent, quelquefois, tout semble si absent, on dirait que c’est la même chose, vue d’une façon et puis d’une autre. Mais non. Vision aveugle.  

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