29.1.20

Impossible de comprendre quoi que ce soit. Tout le monde parle et rien n’est audible. À propos d’autre chose, quelque chose de bien plus microscopique, mais qui vaut aussi pour ce phénomène macroscopique auquel on assiste chaque jour devant le spectacle bâtard du monde, dans mes carnets secrets, aujourd’hui, j’ai parlé d’une espèce de leibnizianisme pessimiste : il n’y a que des monades, sans portes ni fenêtres, qui ne communiquent pas entre elles, mais développent la loi de leur propre série sauf qu’il n’y a pas d’harmonie préétablie, mais simplement un chaos fortuit. La fortuité du chaos en lieu et place de l’harmonie préétablie, c’est cela le pessimisme. Il n’y a pas d’échanges de sens et il n’y a pas d’ordre a priori non plus. Alors tout est voué à gésir dans la plus grande confusion, les plus aventureux essayant de se frayer un passage dans la jungle sémantique qui a envahi notre univers, tandis que les autres — les autres, en faut-il seulement parler ? Mais peut-être ai-je tort, peut-être que la jungle n’a pas envahi notre univers, peut-être qu’elle a toujours été là, moi, je ne fais que la découvrir pour mon propre compte, mais cela ne signifie en aucun cas que ce soit un phénomène nouveau. 

Sens des onomatopées dans le rouleau 17 des notes de chevet de Sei Shōnagon (« des choses détestables ») : gishi-gishi — grincement du petit caillou caché dans le bâton d’encre de Chine que l’on frotte sur la pierre de l’écritoire ; soyoro — résonnance de l’objet qu’accroche l’ami venu vous rendre visite en grand mystère coiffé d’un long bonnet laqué au moment où il s’en va troublé par la crainte d’être vu ; sara-sara vibration du store d’Iyo que le même soulève en sortant comme s’il voulait le mettre sur ses épaules ; soyo-soyo — bruit des pages froissées du cahier de l’homme qui, quittant son amie à l’aube, après l’avoir cherché à tâtons se cognant partout dans la chambre tout en marmottant : « C’est étrange ! », le fourre enfin dans son sein ; futa-futa — de même, si c’est un éventail, quand il l’ouvre tout grand et en frappe l’air avant de prendre congé.

IMG_2020-01-29_20_01_58