11.2.20

Je mène un combat contre l’époque. Contre moi-même, contre l’époque en moi, et contre tout le monde. Dehors, il fait nuit. De là où je me tiens, je ne vois presque rien, qu’une fenêtre au volet roulant baissé à moitié éclairée de l’intérieur, elle est tamisée, qui plus est, par un rideau en fausse dentelle. Je vois aussi quelques lampadaires qui tiennent lieu de mobilier urbain. Si je penche la tête, en revanche, je vois ces grands immeubles plantés à flanc de colline. Je trouve qu’il y a quelque chose de beau, de vain, et d’étrange, à écrire sur écrire. Sur l’acte d’écrire, les formes de l’écriture, la dynamique qui relie l’un à l’autre, l’énergie qu’il y a dans l’activité d’écrire. Je mène un combat contre l’époque. C’est ce que je me suis dit, ce matin. Je ne sais pas si c’est très intelligent, mais c’est ce que je pensais quand je me le suis dit, et je le pense encore. Le contraire donc de l’abandon, le contraire donc de l’abattement. Quand on a les idées claires, non : quand on s’efforce de clarifier ses pensées, elles s’entrelacent spontanément ; on découvre une profonde affinité entre les différentes pensées, affinité qui, sans être naturelle, elle est même tout le contraire, semble se produire d’elle-même. Il n’y a pas d’unité au sens où tout serait un, tout serait réductible au même, mais il y a une circulation de sens, de puissance, entre les unes et les autres. Pourquoi est-ce que je parle de « combat » ? Pour prendre les armes, peut-être ? Non. L’énergie nécessaire à l’activité d’écrire présuppose l’affirmation de soi. Contre le monde, s’il le faut. Or, il me semble qu’il le faut. Ergo.

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