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16.2.20

Uniformément gris. Le ciel. Je considère une ou deux pensées peu charitables et puis les chasse. Il ne sert à rien, me dis-je, de les entretenir. D’ailleurs, est-ce moi qui les chasse ou elles qui s’évanouissent d’elles-mêmes, sous l’influence de leur vanité ? Est-ce que les gens sont meilleurs quand ces pensées disparaissent ? Les gens, non, mais moi, oui. C’est une question à laquelle il serait peut-être bon de parvenir à répondre : pourquoi se soucie-t-on des gens ? Il faut se soucier de nos amis, de ceux à qui l’on veut du bien et d’eux qui, on peut le supposer, nous veulent du bien aussi. Mais les autres ? Le problème vient peut-être de cela que ce sont des catégories mouvantes, si leur intension ne change pas, leur extension, elle, ne cesse d’évoluer, et qu’on ne sait donc jamais avant d’en faire l’expérience, qui doit se trouver dans quelle catégorie. Or, c’est l’expérience qui nuit, justement. Faut-il faire l’expérience des autres quand on ne voudrait que faire l’expérience d’autrui ? Mais on ne peut pas faire l’expérience d’autrui sans faire l’expérience des autres puisque la différence entre autrui et les autres n’est pas donnée, n’est pas fixée une fois pour toutes ; elle se découvre. On découvre les choses après qu’elles ont eu lieu. Qu’on a été trompé, abusé, que les autres ne sont pas des autrui, que les gens ne sont pas tes amis, qu’ils te veulent du mal plutôt que du bien, qu’ils te méprisent, et caetera. Nous découvrons les choses après coup, et c’est là notre malheur. Serions-nous plus heureux si nous découvrions les choses avant coup ? Vaut-il mieux vivre a priori qu’a posteriori ? Je ne sais pas s’il vaut mieux. Je ne sais pas s’il vaut mieux, mais il ne fait pas toujours bon vivre en ce bas monde avec les gens comme ils sont — nombreux — et les amis comme ils sont — rares. Je m’aperçois que j’ai chassé l’objet de mes pensées, mais pas les pensées elles-mêmes. Elles ne sont plus des pensées particulières, mais générales, conceptuelles ou presque. Est-ce le temps qu’il fait ? Est-ce à cause du temps qu’il fait que mes pensées sont comme elles sont ? Que j’aie oublié l’objet de mes pensées, qu’il ne s’agisse que d’une ou deux impressions vagues, contours flous du visage — les reconnaîtrais-tu si tu les croisais dans la rue ? —, en un sens, n’est-ce pas un progrès ? Se libérer de ces servitudes et n’entretenir plus sur la marche du monde que des pensées d’ordre général, et dont on pourrait discuter de manière parfaitement détachée, dans le dessein d’alimenter la conversation, histoire de ne pas toujours parler que du temps qu’il fait.

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