comment 0

20.2.20

Revu les corrections d’habitacles. Copié à l’ordinateur les dernières pages de musique difficile. Traduit d’autres de Morton Feldman. Impression parfois de n’être rien d’autre qu’une sorte de moine copiste d’un nouvel âge, accomplissant des tâches dont la vanité ne m’empêche pas de les entreprendre, écrivant, copiant, recopiant, traduisant des pages et des pages, notant des phrases, des citations, édifiant une œuvre sans savoir si elle provoquera autre chose que l’indifférence ou de l’ennui, à supposer qu’elle provoque quelque chose, à supposer (c’est-à-dire) qu’il y ait encore quelqu’un pour lire. Il y a une forme d’obstination, mais je ne sais pas si elle est absurde ou bien salutaire, si elle tend vers l’entêtement ou vers une forme d’ostinato on ne peut plus noble. Comment savoir ? Comme on ne le peut pas, il faudrait faire un choix. Choix, notion ridicule, me semble-t-il, comme si l’on choisissait quoi que ce soit, à la mode de Saint-Germain-des-Prés. Non, les choses se passent, les choses nous font. Plus tu es lucide et plus tu as envie de te suicider et plus tu as envie de continuer, d’insister, d’aller un peu plus loin. Ce matin, en sortant de la douche, je pensais aux rapports entre les jugements de goût et l’argent, à la façon dont, si on analyse les jugements qui font le goût de notre époque, on ne peut les ramener ni à des arguments d’ordre esthétique ni à des arguments d’ordre éthique (à quoi ils devraient, en toute logique, pouvoir être ramenés), mais à des arguments d’ordre financier. Ne serait-ce que pour cette raison, il faut continuer. Comme pour apporter une démonstration par l’absurde de l’inanité de l’art que la logique de l’époque conduit à produire. Oui, d’accord, mais une démonstration pour qui ? Pour l’époque ? C’est peine perdue. Pour l’éternité ? C’est qui, l’éternité ? Pour soi-même ? Mais à quoi bon répéter ce que l’on sait déjà ? Plus on avance, et moins on avance. On dirait. On dirait qu’on s’enfonce. On dirait que c’est sans fond. On dirait que c’est sans fin. De temps en temps, il y a une éclaircie. Même passagère, n’y voit-on pas plus clair ? N’entend-on pas mieux quand le temps est dégagé ? Tout ne circule-t-il pas plus librement dans l’air transparent ?

IMG_20200109_092249

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.