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19.2.20

Fini le cahier gris, hier. Où se trouve écrite cette musique difficile que, si j’en crois les archives, j’ai commencée en mai 2018. Comme si j’écrivais de plus en plus lentement. C’est une impression que j’ai, qu’avant — il n’y a pas si longtemps : je pense à Pedro Mayr, par exemple —, j’écrivais plus vite. Peut-être n’est-ce qu’une impression. Ou alors que, comme son nom l’indique, c’est quelque chose de plus difficile. Mais ça veut dire quoi, difficile ? En l’occurrence, je crois que cela voudrait qu’il n’y a pas de tracé, qu’il faut tout inventer tout le temps. Dans un roman, il y a toujours un tracé (enfin, pas la Vie sociale, raison pour laquelle, peut-être, tout le monde l’a rejeté, mais passons là-dessus, ce n’est pas le sujet), l’intrigue se déroulant, la narration appelant la narration, l’histoire suivant ses propres implications, comme une logique interne qu’il faut suivre jusqu’au bout, ou jusqu’à un certain point. Mais l’essentiel, c’est de suivre. Dans musique difficile, qui est ce qu’on pourrait appeler de la poésie, il n’y a pas de ligne à suivre, aucun tracé, à part celui qu’on vient de tracer. Et puis, j’ai tout écrit à la main, pas à l’ordinateur, ce qui change aussi la façon d’écrire. Par exemple, il y a moins de mots — je veux dire : il me semble qu’il y a moins de mots qu’il y en aurait eu si je ne les avais pas écrits à la main mais à l’ordinateur. Mais ce n’est pas écrire — à la main ou pas à la main — qui prend du temps, qui demande tant de temps, c’est écrire — tout écrire sans cette logique interne à laquelle se fier, sans rien à quoi se fier, sinon aux pouvoirs que l’on prête à l’écriture. Vers la toute fin de musique difficile, de plus, la semaine dernière, j’ai commencé à écrire des phrases qui ont une sorte de statut théorique, mais qui ne sont pas un appendice ou un commentaire, qui prolongent au contraire ce que j’étais en train d’écrire dans une autre direction. Qu’est-ce que je vais en faire (est-ce que je fais les garder ou non ? est-ce que je vais les intégrer au texte ? à la suite ? dans le cours ?) ? Je l’ignore. Ce matin, en marchant au bord de la mer, vent de nord-ouest force 4 à 5, une de ces phrases m’est venue. Et le livre, donc, de n’être pas encore fini, de se continuer d’une autre façon, qui n’est pas radicalement différente, mais qui est encore nouvelle. On trouve toujours les moyens de continuer — il le faut.

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