comment 0

5.3.20

Une plus une plus une plus une plus une encore au moins dans l’ordinateur font cinq versions au moins du même texte, habitacles. Je crois que je n’ai jamais tant travaillé que sur ce livre-ci, qui m’a pris du temps, et que je relis, relis encore depuis que je l’ai commencé, le prenant, le laissant, revenant l’écrire, l’abandonnant, le détestant, l’aimant à la folie, l’écrivant, le récrivant encore. Depuis quelques jours, le dernier état était là, imprimé et posé sur un coin du bureau, sans que j’ose vraiment y toucher. Aucune idée pourquoi. Et puis, aujourd’hui, après avoir suffisamment attendu, mais sans que je sache comment je savais que j’avais suffisamment attendu, j’ai commencé de le relire. Pas fini encore, tout à l’heure, quand Daphné sera couchée. Quelques touches de plus. Mais pas trop. Il ne s’agit pas de faire tout autre chose. Il s’agit de comprendre ce que j’ai fait, ce que j’ai voulu faire (ce qui n’est pas aisé parce que le moi d’alors n’est probablement plus tout à fait le même qu’aujourd’hui) et de le conduire à terme. De fait, je n’ai pas écrit grand-chose, ces derniers jours. Ces derniers jours, je lis Giono, le Hussard sur le toit, que j’ai dû lire au collège ou au lycée, et dont il me restait quelques souvenirs nets, même si je ne sais pas si j’avais aimé ce livre, si j’y avais compris quelque chose. Si j’avais compris cette Méditerranée-là — la Provence. La mort qui rôde comme le soleil qui brûle, et cet être étrange qui traverse le paysage comme la vie, de plus en plus indifférent, de plus en plus concerné, de plus en plus libre. Je me laisse faire complètement par le livre parce que c’est de cette atmosphère dont j’ai envie : la Méditerranée. Tout comme j’ai hâte que nous partions à Grignan, changer d’air ? Non. Nous enfoncer un peu plus loin dans les terres. Respirer la lumière du jour et de la nuit. C’est ce qui me touche chez Giono, en plus de son anarchisme fanfaron, le sentiment de l’espace, de l’atmosphère, du monde. Très juste, très sensible, précis et diffus à la fois. Une présence dans un monde qui n’est plus, mais dont on aperçoit à travers la modernité de béton des vestiges bizarres, comme s’ils n’avaient plus de sens, et qu’on appelle la nature alors que, avant, c’était simplement le pays, ici, là, ailleurs.

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