ô profonde mer

Ô profonde mer
souffre
avale nos festins
de morts fiers
destins de celles et de ceux
gigantesque assemblée
qui te tournent le dos
jusque durant le bain
l’été
ô profonde mer
souffre
pour nous
et nos récits
dont le sens s’est effrité
miettes de ruines
insignifiantes cités
à quoi donc nous consacrer
à la vaine archéologie
à la mythologie
ou bien
à une espèce de futur
logis de qui n’a pas encore de lieu pour
être
sinon
ici
dans les signes insensés
que nous nous efforçons
de tracer ?
ô profonde mer
souffre
et embrasse-moi
profonde mer
prends soin de moi
montre-moi les reflets de qui n’existe pas
les images déformées de moi
monstrueux avenirs
algues majeures
dont nous tapisserons les continents
partout l’archipel
et pullulation
partout la signification
il faut du temps pour détruire
achever de médire
ô profonde mer
fais-moi don du silence
la science du mutisme
elle mute
plus nulle parole de vérité
autre chose
qu’on ne sait pas encore inventer
ô profonde mer
souffre
souffre pour moi !
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N.B. Ce texte fait partie d’un ensemble plus long, un poème intitulé couleurs primaires (et partout c’est la guerre), en cours d’écriture.