histoire naturelle

On aurait pu croire
c’est vrai
que quelque chose sortirait
de notre « conscience malheureuse »
que nous ne poufferions pas
comiques systématiques
enfants gâtés
dans notre certitude vareuse
de tout
du sentiment d’être même —
mais qui ?
bien habillés
c’est vrai
que pourrait-il nous arriver ?
on aurait pu croire
mais rien
tout se boucle sur soi-même
on se demande ce qu’il s’est passé
on a l’air un peu hébété
c’est vrai
d’autant que c’est un mot compliqué
on se regarde dans le miroir
les cheveux ont blanchi
les traits sont tirés
on se découvre des cernes
l’enfant gît
sur le parquet
que s’est-il passé ?
oh rien
les chiens l’ont encore mangé.

Il y a quelques jours
je l’ai noté
un homme
a abattu ses deux chiens
à coup de fusil à pompe
il vivait avec eux
et sa mère et son fils
dans un appartement
du centre-ville
de toulouse
les chiens étaient sur le balcon
mais
comme on ne pouvait plus les sortir
ils aboyaient trop
à son goût
alors il est allé vers eux
et d’une balle ou deux
il a mis un terme
à cette nuisance infernale
bruit que fait la vie
quand elle se révèle animale
il les a tués
donc
et puis la police est venue le chercher
et il a été écroué —
c’est vrai :
quand on n’aime pas les bêtes
tu sais
on n’aime pas les gens.

Histoire naturelle
de notre perplexité.

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N.B. Ce texte fait partie d’un ensemble plus long, un poème intitulé couleurs primaires (et partout c’est la guerre), en cours d’écriture.