13.4.20

Deux attitudes face à la vie : vouloir être rassuré, vouloir la vérité.

Peut-être, ne s’agit-il pas de deux attitudes face à la vie (sous-entendu : face à la même vie), mais de formes de vie, de deux vies bien distinctes, qui semblent avoir tant de choses en commun mais qui n’ont pas le plus important, pour ainsi dire, l’attitude, la façon d’être, de manifester, de faire vivre la vie. Est-ce une tautologie, cette expression : faire vivre la vie ? Disons alors faire croître la vie, ce qui revient au même. Comment fait-on vivre la vie ? Comment fait-on durer la vie ? Comment fait-on pour continuer de vivre ? Tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, reprochent à ceux qui semblent parler d’autre chose de ne pas être en prise avec le réel, parce que ce qu’ils disent semble trop abstrait, trop intellectuel, que pensent-ils à présent qu’ils sont confrontés avec le réel tel qu’il est, que pensent-ils maintenant qu’il n’y a rien pour faire diversion, ou simplement du divertissement, ce qui ne fonctionne pas, parce qu’on sait bien que le divertissement est là pour faire diversion, détourner le regard, que pensent-ils à présent qu’il devient si difficile de se mentir, de faire semblant que les petits événements qui scandent l’existence ont du sens, à présent qu’il n’y a presque plus rien à quoi se raccrocher pour ne pas tomber, s’effondrer, s’enfoncer. Il n’y a pas de transcendance et pourtant il faut qu’il y ait une transcendance. Il faut réfléchir à ce paradoxe en train de se dépasser lui-même : il n’y a rien de supérieur à cette vie-ci, pas d’ordre qui dépasse et justifie l’existence que nous menons, pas de sens qui nous précède, pas de donné, et pourtant, il faut inventer quelque chose qui donne du sens à l’existence, quelque chose qui la rend vivable, mieux : bonne, il faut découvrir (c’est la même étymologie) ce qui fait vivre la vie, ce qui fait vivre chaque vie, ce qui dans chaque vie fait vivre cette vie. Sans pensée — ou dit de manière plus juste : sans penser, aucune chance de trouver ce quelque chose-là, on continue l’immense dispersion, se trouvant des objets pour jouir (qu’il ressemblent au corps ou à l’esprit, cela ne fait dans le fond aucune différence, ce sont toujours les mêmes objets, certains peuvent paraître plus nobles que d’autres, mais c’est une illusion), sans savoir pour quoi, si ce n’est pour jouir dans cette autotélie bêtasse qui se situe à l’extrême opposé de l’allotélie vivace de la vie qui fait vivre la vie.

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