(fable)

Quand parvient-on
au bout des choses
au bout du compte
au bout du bout ?
il y a une lumière noire
dans l’habitacle
mais comment savoir
si c’est une erreur
ou bien la seule lueur qui soit
sombre pas malsaine
attirante au contraire
là où tout ce qui est
se perd aspiré ?
y a-t-il seulement un bout des choses
ou est-ce comme ce monde
une fois parvenu à sa fin
on découvre une ronde
boucle sans fin mais
sans début non plus
sans rien ?
non ce que je voudrais
ce n’est pas ce qui recommence
revient au même
coda et caetera
mais quelque chose qui puisse continuer
durer
et je sais bien oui je sais bien
tout le tragique de l’existence
comme le silence et l’ineffable
vérité qui l’accompagne (fable)
fit-il en balayant cette histoire
d’un geste revers de la main
mais ce n’est pas ce que je cherche
moi
alors quoi ?
— il se tut un long moment
et reprit :
les aurores et les couchers de soleil
un parfum inattendu
la sensation du printemps la nuit
des voix inouïes ou familières et qu’on aime
quelqu’un qui ne comprend pas
et le dit
l’enfant qui se force à rire
la douceur de la folie au saut du lit
un croquis quelque chose d’entier
parvenir à la fin d’un carnet
imaginer le chemin parcouru
mais sans se retourner
une déesse callipyge en chair et en os
les amours que nous n’avons pas choisies
le souci de la précision
la perplexité passionnée
la lumière à l’ouvrir des volets
la justesse
l’acidité d’un fruit sucré
et tout
tout cela qui ne se résume pas.

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Déclameur : ce texte est un extrait d’un ensemble plus long, un poème intitulé couleurs primaires (et partout c’est la guerre) toujours en cours d’écriture.