22.4.20

Comment passent les jours ? Sait-on seulement comment passent les jours ? Je pourrais énumérer un certain nombre d’actions quotidiennes et l’ensemble ainsi formé par un tel répertoire, intéressant ou non, constituerait probablement un emploi du temps, mais serions-nous plus avancés, j’entends par là moi ou quelqu’un qui par hypothèse serait préoccupé par ce à quoi je consacre mes journées, en saurions-nous nous plus sur la façon dont passent les jours, leur rythme, la différence ou leur ressemblance ? Les jours, quels qu’ils soient se ressemblent et ne se ressemblent pas. Est-ce qu’en se fondant sur un tel constat, on peut inférer quelque chose ou en reste-t-on simplement là, comme quand on dit que quelque chose a lieu (tiens, il y a du vent aujourd’hui), mais sans savoir vraiment pourquoi ni à quoi bon. L’àquoibon des jours, l’àquoibon de l’existence. Comment comprendre celui qui fait l’économie de la question, ou mieux : qu’aurais-je à dire à quelqu’un qui ferait l’économie de la question, qui aurait mis au point pour lui-même ou pour les autres voire pour les deux une petite méthode afin de passer les jours (on peut même l’appeler « système philosophique » ou « théorie économique », histoire de faire plus riche), mais chez qui rien ne trahirait l’inquiétude d’une question, la faille d’une interrogation, bref l’ombre d’un doute. Je vis, je suis en vie ! exulte-t-on parfois. Et parfois, même, il est probable que ce soit vrai. Et alors ? À quoi bon ? Je n’ai jamais compris ceux qui tournaient le dos à la question, la considéraient comme une activité superfétatoire et fastidieuse. Est-ce qu’ils se sentent démoralisés ou tremblent-ils dès lors que quelque chose intervient qui interrompt la routine robotique de l’existence, du cours des jours qui passent ? Si quelqu’un m’avouait ou me confier je n’aime pas penser, je ne mettrais pas une telle affirmation sur le même plan qu’un je n’aime pas les asperges, encore que je ne croie pas qu’il ne faille ne disputer ni des goûts ni des couleurs, à moins que ce ne soit là une manière de profession de foi, sauf que je n’aime pas penser est souvent synonyme de j’ai quelque chose de mieux à faire. Et je me demande bien quoi. Les gens ne cherchent pas des réponses, c’est faux, si tel était le vrai, ils commenceraient, avec méthode, par les questions. Non, les gens veulent être rassurés, ils veulent vivre dans un monde connu, où rien n’arrive que ce qu’ils veulent voir arriver, ce qui revient à dire : où rien n’arrive jamais. Les gens cherchent des solutions à des problèmes déjà connus, qu’on leur raconte des histoires, qu’on les berce d’illusions ; — les gens veulent survivre quitte à mourir d’ennui. Pourquoi ? Tu vois, chaque fois, je recommence. Ça n’en finit pas. Certains ne peuvent pas s’empêcher de remplir leur journée pour qu’elle passe sans qu’ils aient le temps de s’en apercevoir (oh là là là, on est déjà jeudi !), certains n’ont de cesse de casser le rythme, de briser la ligne, de chercher la continuité ailleurs, de se mêler de ce qui ne les regarde pas, de couper les cheveux en quatre alors même que tous les autres sont devenus chauves.

IMG_20200422_160643