24.4.20

À quoi ressemble la vie sociale réduite à sa plus simple expression ? Il n’y a que des menaces. Guerre de chacun contre chacun. Pourquoi ne pas porter un masque jusque dans son lit, se protéger de son partenaire, dans la salle de bain, se protéger de ses enfants ? La menace est invisible, les coupables sont partout, c’est tout le monde, chaque autre, duquel il faut se protéger. La vie sociale réduite à sa plus simple expression, la peur crasse que l’autre me tue. La vie réduite à sa plus simple expression : la peur de la mort en tant qu’elle en est la négation. Ne pas s’imaginer que les gens vont s’interroger, au contraire, les réflexes sont primaires, comme les façons de penser, comme les existences menées une fois qu’on a gratté le vernis vulgaire qui fait que d’habitude on ne voit pas à travers. Quand personne ne regarde l’autre avec le désir de posséder ce qu’il a et que soi pas, à quoi sert d’exister, si chacun ne peut pas projeter sur l’autre l’image de sa supériorité fantasmée ? On sait très bien ce qu’il se passe derrière le masque, pas la peine de le tomber, on a déjà tout vu, on ne fait que rejouer en les singeant des scènes qui ont déjà eu lieu, et qui alors étaient peut-être tragiques, et encore, qui sait ? Notre tragédie est à notre mesure, rien de grandiose, apocalypse minable, on avait rêvé de feux et de flammes, au lieu de quoi de vieux médecins nous donnent des ordres — pour notre bien, évidemment, pour notre bien —, et nous leur obéissons. Notre drame est à notre taille : nous nous regardons en train d’avoir peur et nous avons d’autant plus peur que nous voyons bien que nous avons peur. Parfois j’ai envie que quelque chose nous sauve. Et puis parfois non. Esthétisme ultime du nihilisme.

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