9.5.20

En fin de matinée, quand je suis sorti me promener un peu, je me suis dit à plusieurs reprises : « Le monde est beau », comme ça, c’est tout, ce qui est une phrase ridicule, je sais, par sa naïveté, sa simplicité, mais qui n’en est pas moins vraie, même s’il est tout aussi vrai qu’on puisse dire que le monde est laid. Le monde est laid, mais le monde est beau. C’est étonnant, l’existence d’une telle contradiction. J’avais un sentiment d’espace, d’appartenir à un univers large et, en me promenant dans les rues qui n’ont sans doute pas été désherbées depuis deux mois, la végétation envahissant les trottoirs au point de rendre parfois difficile de se frayer un chemin, cette ville sauvage, je l’ai trouvée belle. Tout n’était pas beau non, ces gens masqués n’étaient pas beaux, ce type qui crachait par terre en courant n’était pas beau, ces marquages au sol couleurs fluo flèches et lignes pour séparer les corps les uns des autres de force n’étaient pas beaux, non, mais le monde lui, le monde était beau. Et moi au milieu, je me sentais appartenir à ce vaste univers et beau. « Le monde est beau », cette phrase, me la répétant plusieurs fois, aussi simplement que cela, je la trouvais idiote, bien sûr, et moi, idiot, aussi, de la penser, de me la répéter, et de l’écrire à présent, mais je me disais aussi : n’est-elle pas heureuse, cette idiotie ? n’est-il pas heureux que quelqu’un trouve toujours le monde beau ? n’est-ce pas cela qui sauve le monde, que quelqu’un le trouve beau tel qu’il est, si laid soit-il, si invivable soit-il, n’est-ce pas cette idiotie qui le sauve, si laid soit-il, si invivable soit-il, j’ai encore envie d’y vivre, j’ai encore envie de vivre ? Je pourrais avoir envie d’en finir une bonne fois pour toutes, et il est vrai que cela m’arrive, mais il m’arrive aussi d’avoir envie de vivre dans ce monde, et plus souvent je crois que de le voir détruit.  

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