12.8.20

Mon existence manque-t-elle d’urgence ? Étrange question que je viens de me poser. Je regardais une espèce de puce danser sur le plafond entre ici et la fenêtre, ruminant la détestable soirée que je venais de vivre sans que je sache très bien ni pourquoi ni comment, quand je me suis posé cette question. Un peu sur le ton : Ne pas avoir peur de la mort, finalement, n’est-ce pas un problème ? Oh, pas pour faire des gestes magiques supposés conjurer quelque chose de plus ou moins distinct, non, mais pour, vivant dans la terreur de ne rien accomplir durant le laps de temps de plus en plus court qui me sépare de ma mort, faire, inventer, écrire — jusqu’à l’épuisement. Au lieu de quoi, c’est ce qu’il me semble, je prends mon temps. Peut-être que je suis sur la mauvaise voie, c’est même certain, mais ne faut-il pas que j’aille au bout de cette voie, plutôt que de traîner en chemin comme il me semble que je le fais en ce moment ? Calme, tu parles : mou. Gras. Ces dernières semaines, il me semble que je les ai perdues à chercher quelque chose à dire, au lieu de me rendre à cette évidence que l’énergie doit précéder le sujet, la vitalité, l’idée. Ces derniers jours, en revanche, je m’éveille, je me lève, je m’habille, et je vais courir. Il faut à la fois beaucoup penser et ne pas penser du tout pour ce faire. Une profonde conscience et un grand oubli de soi, une destinée et une absence de visée, pour se tendre et se laisser porter dans le même mouvement. Rues désertes ou quasi. Le corps se met en route presque de lui-même, pilote automatique, comme si je n’étais pas là, pas tout à fait, pas encore éveillé, pas encore présent, et pourtant : je suis intégralement là. Et je suis uniquement là. Que serait l’équivalent de ce pilote automatique, l’écriture automatique ? Non. Surchargée. L’appel aux ressources de l’inconscient ? Je n’y crois même pas. Un abandon à la langue ? Comme si l’on se jetait dans un cours où l’on sait que l’on va se dissoudre. Et couler. Pas à pic. Avec le flot. Quel rapport avec l’urgence et la peur de la mort ? Étroit. L’instinct. Une énergie qu’il faut contenir et orienter. Se laisser envahir par elle et, au moment d’être submergé par elle, s’en saisir et ricocher, être la surface contre la surface, avec la surface. C’est abstrait, non ? Affreusement abstrait, oui. N’est-ce donc qu’une manière de me convaincre que je ne suis pas fini, que je ne suis pas venu à bout de la petite parcelle d’existence qu’il m’était donné de travailler, et qu’il n’est pas vrai qu’il ne me reste plus rien à faire, plus rien à entreprendre, mes ressources épuisées, ma mort prochaine, zéro vitalité ? Métaphores passables pour un destin minable. Possible. Alors quoi faire ? S’en remettre à demain ? Mais si demain ne vient pas ou si demain s’avère la fin ? À force de transiger, ne finira plus par demeurer qu’une infinie étendue d’ennui, d’hédonisme satisfait et d’angoisse irrationnelle. Je cherche un chemin pour y échapper. Mais je ne devrais pas, je devrais arrêter et me mettre à avancer.

IMG_2020-07-21_15_43_38