31.8.20

L’été s’achève. Les touristes sont partis. Il y a du vent. La plage est déserte. L’enfant joue. Je sais que c’est une illusion, que les libertés publiques ne sont jamais que conditionnelles, qu’il n’y a guère de liberté que privée, celle de l’exil intérieur, mais je me sens libre pour la première fois depuis longtemps. Ici, j’ai l’impression de respirer. De pouvoir respirer. Il ne fait plus chaud comme il y a quelques jours à peine, et le vent fort allège l’air. Quelque chose a changé. Je l’ai senti ce matin : je venais de courir, tôt, pour avoir de l’espace (toujours cette question décisive de l’espace autour de soi, de l’absence de proximité, de promiscuité, espace vital dont nous sentons la nécessité peut-être plus intensément ces derniers temps, parce que nous avions oublié son importance, choisissant de nous entasser les uns sur les autres dans des villes-dortoirs, villes-mouroirs pour l’individu, où les murs d’enceinte, concrets ou abstraits, grimpent à la vitesse des prix), et ayant fini ma course, j’ai vu le ciel au-dessus de moi, et quelque chose de plus léger en moi, physiquement, dans mon crâne, quelque chose s’éclaircir, ou se désembrouiller, ou se désembrumer, l’air, le ciel, la course, ma tête ici, dans ce chemin de traverse que je parcours dans un sens puis dans l’autre, le sentiment de pouvoir encore exister, qui n’est pas tout à fait le même que le sentiment d’exister, qui a quelque chose d’aussi immédiat tout en étant orienté vers l’avenir, le pas d’après, la phrase d’après, l’instant d’après. Éclaircies. C’est le mot que j’avais écrit quelques jours plus tôt, pour commencer, dans ce vieux carnet à spirale où je me suis dit que j’allais composer un prochain livre.