17.9.20

On me compte un an de plus aujourd’hui. À vrai dire, je ne sais pas quelle différence cela fait avec hier, entre le moi d’hier et le moi d’aujourd’hui, c’est-à-dire, sinon celle-ci : hier, au coucher, j’ai eu une idée, et aujourd’hui, j’ai commencé à la mettre en œuvre. Mais alors, le moi d’aujourd’hui ne fait rien d’autre qu’exécuter ce que le moi d’hier lui a dit de faire. Est-ce que cela fait du moi d’aujourd’hui quelqu’un de meilleur que le moi d’hier ou inversement ou ni l’un ni l’autre ? Impression d’empiler les idées (les « projets », comme disent les ingénieurs des lettres), mais y en a-t-il tant que cela ? Deux, trois, quatre ? Tout au plus. Est-ce trop ? N’est-ce pas assez ? Si je ne poursuis qu’une seule idée, ne vais-je pas finir par me répéter ? Je crois que je ne sais pas me répéter. Faux : je crois que je ne veux pas me répéter. La répétition m’angoisse. Enfin, non, elle ne m’angoisse pas, ou alors pas autant qu’elle ne m’ennuie. Mais l’angoisse et l’ennui, n’est-ce pas la même chose ? (Ne joue pas au philosophe existentialiste ; c’est ridicule.) Pourtant, si on ne répète pas, peut-on devenir meilleur ? Il faut répéter, alors, mais pas absolument. Il faut faire quelque chose de différent, mais dans un écart infime parfois, presque imperceptible à l’œil nu, du dehors, si je puis m’exprimer ainsi (et je ne suis pas certain que je le puisse). Pour l’idée de la veille, aujourd’hui, je suis allé à Callelongue. Un des plus beaux endroits du monde. La route qui y conduit, semble quitter la ville, mais y reste toujours, perçant toujours plus en profondeur dans le pays minéral, la pierre blanche, la mer et le ciel bleu net, au point de se confondre au point de l’horizon, dans le lointain infini. Les jours de vent sec, comme aujourd’hui, l’air est transparent, et la distance entre le dedans et le dehors s’abolit, imperceptible, à mesure que s’effondre la distinction absurde entre le monde et le moi. J’ai l’impression qu’en tendant la main, ce n’est pas simplement l’île qui se trouve juste là, en face, que je puis toucher, mais l’espace entre ici et l’autre rive, l’horizon même, si proche. Mer d’huile. Ni vagues ni vague. L’univers est d’une précision implacable, et le sfumato, impossible. La Méditerranée affirme l’exactitude.