22.9.20

6 heures du matin. L’orage a passé. Je vois encore des éclairs qui illuminent le ciel derrière les nuages, mais ils me semblent si lointains à présent. N’en reste plus qu’une odeur de pluie en suspens dans l’air. Douce mais omniprésente. Éclats dans le ciel d’un jaune très pâle, j’essaie de les compter 1 2 3 4 sans savoir si c’est la réalité que je vois ou moi, qui tente spontanément de la réduire à quelque chose qu’elle n’est pas, mais que je peux saisir, comprendre, dont je puis me souvenir, comme une série dénombrable d’illuminations dans le ciel, feux de nature. Mais c’est quoi, la nature ? Cherche-t-on toujours quelque chose, dans le ciel ou ailleurs, sur terre, qui enfin résolve tout ? Est-ce possible ? Est-ce que moi, par exemple, je crois que si je trouvais quelque chose de singulier, de particulier, tout serait changé ? Pour qui ? Pour moi pour l’humanité, pour le monde entier ? Mais quoi ? Toute la difficulté n’est-elle pas là ? Il faut bien croire que quelque chose peut tout changer, mais si on ne lui donne pas de contenu, on n’a qu’un espoir indistinct, muet, et si on lui donne un contenu, on ne semble qu’effleurer la surface des choses, diluer une goutte de bien dans l’immensité d’un univers qui ignore tout du bien et du mal. Je pourrais dire : je ne suis pas comme cela, moi, je dis la vérité, mais — à supposer que ce soit exact — qui se soucie de la vérité ? Qu’est-ce que la vérité ? J’ai allumé la lumière pour écrire. J’eus mieux aimé rester dans le noir, mais ce n’est pas possible. J’ai besoin de la lumière, comme j’ai besoin des éclairs, la nuit, dans le noir. Y vois-je plus clair pour autant ? Sans doute pas, mais je peux continuer de me dire qu’il y a quelque chose derrière les nuages, quelque chose de clair, de plus clair. On n’atteindra jamais à l’ultime clarté, et peut-être n’existe-t-elle, et peut-être est-ce mieux qu’on ne le puisse et qu’elle n’existe pas, non qu’il faille demeurer face à l’impossible (l’ineffable, l’invisible, l’inexprimable, et caetera), mais on se garde ainsi de l’envie d’avoir le dernier mot, de mettre un terme à l’histoire : une bonne fois pour toutes, cela n’arrivera jamais.