24.9.20

Depuis mon anniversaire, j’avais pris la décision la veille, comme il me semble que je l’avais écrit à ce moment-là, mais je ne me relis pas, je n’ai pas envie de me relire, cela ne m’intéresse pas, je prends une photographie instantanée chaque jour, ou plutôt : au moins une photographie instantanée chaque jour, et j’en garde une s’il y en a plusieurs, une au dos de laquelle j’inscris la date du jour où je l’ai prise, décision d’un exercice d’une durée d’un an. Il doit bien y avoir une raison pour laquelle je fais cela, mais je ne la connais pas, outre le motif psychologique un peu facile du temps qui passe, qu’est-ce que je cherche, en me donnant cet exercice ? je ne sais pas, honnêtement, je ne sais pas, je cherche quelque chose et, quand on cherche vraiment quelque chose, on ne sait pas quoi, on sait que l’on cherche, mais c’est à peu près tout. J’ai l’impression d’avoir déjà dit cela, mais non, c’est Ménon. Ce qui ne change pas grand-chose. Il y a toujours un moment dans la journée quand je pense à cette photographie que je n’ai pas prise, quand je pense aux photographies que j’ai prises, quand je pense à prendre mon appareil, et quand je pense à faire la photographie. Sans doute, est-ce pour cette raison que j’ai écrit ce que j’ai écrit hier, et que je suis allé chercher les photographies auxquelles j’ai pensé dans les boîtes où elles étaient rangées, c’est-à-dire que je pense qu’il y a un lien entre toutes les activités, un lien interne, qui trouve à s’exprimer de diverses façons et de façons très diverses, de différentes façons et de façons qui sont très différentes les unes des autres, j’entends par là : quantitativement et qualitativement, il y a plusieurs façons dont les choses s’expriment et chacune de ses façons exprime ces choses à sa façon, mais aussi un lien interne entre toutes ces expressions et, peut-être, même si c’est un peu tortueux, il me semble que c’est là où je veux en venir, toutes les choses, lien qu’il s’agit de mettre au jour entre toutes les choses, toutes les choses que je vis, ce qui ne signifie pas que ce sont des choses subjectives, ce n’est pas ce que je veux dire, mais simplement que ce quelque chose, c’est moi qui en fais l’expérience, et n’importe qui d’autre pourrait en faire l’expérience. C’est un aspect de la façon dont j’envisage l’existence qui me semble très important : n’importe qui peut faire l’expérience que quelqu’un fait, ce qui ne signifie pas que tout le monde va la faire, mais que rien n’interdit a priori de la faire, que l’expérience n’est pas privée, que ce qu’il y a de vraiment profond en elle, au contraire, est public en ce sens-là. J’allais dire, en revanche, que c’est un devoir pour moi de manifester l’expérience que je fais pour sa dimension publique, mais je ne sais pas si c’est exactement ce que je veux dire. Quand je pense à la fin, aux 365 photographies que j’aurai prises à la fin de l’exercice, j’hésite : je me demande si j’irais au bout, si je n’arrêterais pas avant, tout comme je me demande si je m’arrêterais, si je n’aurais pas envie de continuer après. Et puis, je n’ai pas envie qu’on les voie, ces photographies. Ce qui est un paradoxe, je crois. Non que je pense qu’il y ait une demande, non que je suppose que qui que ce soit puisse vouloir voir ces photographies, non, mais je veux les garder pour moi, ce qui semble en contradiction avec la publicité de l’expérience dont je viens tout juste de parler, et peut-être y a-t-il contradiction, mais peut-être aussi faut-il du temps pour que l’expérience prenne forme, s’affranchisse du cadre un peu naïf, un peu rigide, un peu répétitif de l’exercice pour devenir une expérience, oui.