7.10.20

Fragile pensée. Qui s’effondre après la découverte que le traducteur du livre de Handke sur Cézanne n’a sans doute ouvert ni la correspondance de Cézanne ni les souvenirs sur Cézanne où les propos cités sont pourtant consignés (en effet, s’il l’a fait, pourquoi ne sont-ce pas ceux-là qu’on trouve dans une lettre à Émile Zola ou une relation d’Émile Bernard qui sont rapportés, mais des versions approximatives ?). Or, ceci signifie que l’auteur non plus n’a pas ouvert ces livres en français, et que donc tout le monde patauge dans le faux, l’à-peu-près, le presque, la confusion. Fragile pensée qu’il faut dès lors reprendre à zéro. Tout le raisonnement est faux. Il faut prendre un autre chemin. Sortir de la circulation la fausse monnaie des approximations, retourner à la source, se débarrasser de tout ce qui encombre l’esprit, de tout ce qui fait écran au regard. N’est-ce pas très cézannien, finalement ? Ou, plus exactement peut-être, très méditerranéen (ce qu’est Cézanne avant tout) ? Regarder, aller voir par soi-même, traverser le pays au lieu d’admirer le paysage, scruter l’ombre et la lumière, marcher. Nul exercice d’admiration dans la peinture, dans l’écriture, nulle contemplation passive, nul retrait, retraite, tout le contraire : être parmi.

Samedi, dans un drôle d’état, j’ai traversé la ville jusqu’à la mer, entre tragique et sublime, entre Baumettes et Sormiou, prison et calanque. La lumière d’après l’été avait cette qualité de douceur qui n’est pas moins exacte que la lumière d’été mais, un peu moins violente, laisse peut-être les choses dans un état plus accessible. L’été, tout est si net, si tranché, découpé que se manifeste une dimension hostile de l’environnement, qui affirme que nous humains, nous ne sommes pas tout à fait chez nous, ici. Quand la lumière est plus douce, la montagne n’est pas un refuge, mais elle nous laisse plus d’espace où exister, par où nous frayer un chemin. C’est à partir de la lumière qu’il faut penser, à partir du pays et non pas du paysage, à partir de l’expérience et non pas du cliché ; toujours agir avec précision, exactitude, simplicité — des gestes, des phrases, de la démarche.