12.10.20

Je dirais bien quelque chose, quelque chose de plus, mais le faut-il vraiment ? Il y a tellement de dits, de diseurs, de dire, qu’on ne sait plus où porter son attention, à quoi la faire, ni pour quoi faire. Je sais bien, c’est vrai, que c’est le propre du langage de toujours ajouter quelque chose, de toujours être en plus du langage lui-même, le langage appelant le langage, à l’infini, je le sais, mais serait-il possible qu’un langage retranche aussi ? Retrancher, pour sortir du camp, justement, échapper à la caserne, moins de choses à dire et plus d’air à respirer. N’est-ce pas étrange, tout de même, que l’on découvre après des mois d’enfermement les vertus de l’aération ? N’est-ce pas étrange, surtout, que personne ne perçoive la contradiction ? Et qu’on en appelle toujours à la même chose : l’enfermement dans d’étroites limites. Ce n’est pas des frontières qu’il faut avoir peur, non mais des limites, des limitations, des confins sur le pas de sa porte. De la finitude volontaire. Quand on a peur, on se replie sur soi-même, on se recroqueville, se camoufle, tapi dans la grotte, sauf que c’est le geste contraire qu’il faudrait faire, et s’aérer, et devenir plus léger, subtil dans l’air. Est-ce le vent qui souffle qui me pousse à penser à cela ? Oui, peut-être, et puis pourquoi pas ? Il faut être attentif aux éléments, à la matérialité de l’air, la spécificité du temps qu’il fait. Air pur quand le vent du nord souffle sur la rive. Ce n’est pas du folklore, tu sais, c’est le goût limpide de la vérité, ou quelque chose qui lui ressemble, ou plutôt : quelque chose que l’on confond souvent avec la vérité, mais qui vaut mieux qu’elle, qui est plus sûre qu’elle. Comment dire ? Plus vraie que la vérité encore — plus proche et plus distant, qui introduit de la distance, partout, des interstices et des horizons, une ligne qui se profile entre deux barres de béton, un à-plat couvert de moutons blancs, qui chaque instant achèvent leur existence éphémère, la mer.