13.10.20

S’il y avait vraiment quelque chose à comprendre, qui n’aurait pas envie d’essayer, mais qui peut ne pas avoir de doutes, qui peut faire l’économie du doute ? Doute ou étonnement (θαυμάζειν), qui peut se tenir face à la réalité et accepter les images qu’on en met en circulation sans sourciller. Ne serait-ce pas cela, la folie — la mauvaise folie —, une sorte de croyance automatique ? Pourtant, nous sommes dressés pour avoir une attitude de ce genre, laquelle trouve notamment à se manifester dans le comportement de ces gens qui passent des heures assis devant la télévision (ou tout autre pourvoyeur d’images animées et scénarisées) et, ensuite, expriment des opinions sur les sujets les plus variés, dont le bien commun, l’organisation de la vie sociale, les différentes libertés qu’il faut ou non accorder à l’individu. Qu’il ne semble pas absolument délirant à la majorité de la population que des gens dont l’esprit est constamment irrigué par des émissions de téléréalité, des séries télévisées et des films où des monstres débiles se battent contre des héros aux muscles hypertrophiés puissent être consultés sur des sujets d’une extrême gravité, voilà précisément le délire. Délire dont personne ne veut sortir parce qu’il est ce qui nous fait vivre. On ne vit pas de son bien-être, de sa joie. On vit de sa peur, de son angoisse. Cela même qui nous tue nous fait vivre dans le silence de la mort. Nous taisons la mort pour vivre le symptôme de ce silence, l’expression invivable de ce grand mensonge. Toutes ces microjouissances que l’on s’accorde au cours de l’existence, que la vie sociale nous autorise à connaître, pauvres, tristes, débiles (au sens de faibles, dirait Daphné), et qui ne sont jamais que des façons de retarder, d’ajourner sans cesse, sine die, les questions auxquelles on n’échappe que dans ce malheur qui n’a pas conscience de l’être : qu’est-ce que vaut ma vie ? Toi, qu’est-ce que vaut ta vie ? Il y a tellement de délire que tu ne sais plus qui délire : la vie sociale ou toi.