16.10.20

Écoutant le début (sinfonia) de la cantate de Bach, Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt (version Ton Koopman), j’ai repensé à Feldman qui disait écoutez ce que fait Bach avec une octave. Et c’est vrai, on entend cette profondeur dans des choses qui semblent très simples, cette ampleur à partir d’un motif de trois notes qui sont ensuite multipliées, déployées. Et dans une certaine mesure, s’il se retrouve aussi ailleurs, le pur génie est là, avant tout là : dans ces quelques mesures du début de la sinfonia, cette construction du rythme élémentaire qui se déploie et progresse en revenant sur soi-même, se boucle da capo, comme une spirale, avance en revenant. Mais peut-être est-ce simplement que j’en vois partout, des spirales. J’allais dire « en ce moment », mais depuis toujours, je crois. Un motif se construit qui contient en lui-même sa propre régression et dont la régression même est le principe de sa progression. La spirale s’ouvre et se ferme. Elle contient l’arrêt dans le mouvement et le retour dans l’avancée. Si on regarde la spirale comme quelque chose de fini — par exemple, si l’on regarde Spiral Jetty de Smithson, en tant qu’œuvre accomplie, si on la regarde comme on regarde une photographie —, on peut avoir l’impression que le mouvement de la spirale va quelque part, qu’il est orienté par sa fin, qu’il connaît un point d’arrêt, et qu’on puisse le parcourir en sens inverse, n’y change d’ailleurs rien. Sauf que, ce faisant, on projette le circulaire sur le linéaire, le mouvement sur un plan, on fixe la dynamique, on s’arrête sur la forme achevée et non sur le processus à l’œuvre. On décompose la spirale en des éléments auxquels elle est étrangère : la flèche et la boucle. Mais on n’obtient pas la spirale par addition de la flèche et de la boucle, sa récursivité contient sa cursivité et inversement. L’inverse est l’inverse de l’inverse et inversement.