27.10.20

Beaucoup moins angoissé cette semaine alors que tout (ou plus exactement tout le monde) semble suggérer qu’il faudrait l’être, l’être plus, trembler, pour une chose ou son contraire, trembler d’anticipation, eh bien non. Ce n’est pas que je me sente bien, ni que je me sente mal, d’ailleurs, je n’ai pas résolu certains problèmes, et je ne dirais pas que ça va, non, parce que ça ne veut rien dire, mais je ne me sens plus dans l’état dans lequel je me sentais la semaine dernière encore. Il y a quelque chose de plus droit dans mon comportement, de plus calme aussi, de plus rigoureux, allais-je dire, et peut-être que je devrais, en effet, insister sur cette épithète-là : rigoureux. Pourtant, c’est aussi ce qu’il me semble que je dois dire, le monde est toujours aussi insupportable, peuplé qu’il est de gens qui ont des choses à dire, qui ont besoin de s’exprimer, de se faire entendre. Mais pourquoi insupportable ? N’est-il pas bon que les gens s’expriment, qu’ils fassent entendre qui ils sont, c’est un besoin vital de s’exprimer, non ? Non. On croit qu’on a besoin de s’exprimer alors qu’on a besoin d’avoir les idées claires. Ce qui en est le contraire. D’autant qu’il faut savoir ne pas s’exprimer, bien souvent, pour mettre ses idées au clair, se taire et regarder les choses comme elles sont, pas comme on les voudrait, se regarder soi-même comme on est, pas comme on s’aimerait. Et puis, l’expression, le problème, c’est quand on n’y arrive pas, qu’on ne parvienne pas à exprimer ce que l’on pense avoir à exprimer ou qu’on exprime ce qu’on pensait devoir exprimer pour s’apercevoir que ce n’est pas cela, que cela n’a servi à rien. Alors, tu sais quoi ? Alors, il se produit quelque chose comme un désir de destruction : de soi ou du monde. Il faut que quelque chose soit détruit, Carthage ou bien le moi, il faut que ça sorte, quoi qu’il en coûte et de quelque façon que ce soit. L’expression ressemble toujours un peu à une manière de purge, et ça ne sent pas forcément très bon. Trêve du vulgaire. Si ça ne va pas, ça ne va pas plus mal, je pourrais même dire que ça va mieux, sans savoir pour autant ce que ça veut dire. Excès d’anticipation ? Les jours à venir le diront. Et puis, la grâce.