23.10.20

Mal couru aujourd’hui. Comme souvent ces derniers jours. Est-ce que c’est grave ? Drôle de question. J’ai écrit un poème ensuite. Et puis, plus rien. Ou, en apparence, si l’on veut. J’ai essayé de déterminer ce qui avait de l’importance et ce qui n’en avait pas. Vaste entreprise. Pour faire quoi ? Justement, pour savoir quoi faire ensuite, comment m’orienter dans ma pensée, comment mettre les choses dans l’ordre. Il y a des questions vides de sens et d’autres qui semblent trop sensées. C’est-à-dire : trop marquées, trop déterminées par des enjeux qui ne sont pas les miens, qui sont peut-être ceux de l’époque à laquelle je vis, mais au bien-fondé desquels je ne crois pas, sans doute parce qu’ils sont eux-mêmes trop marqués par leur temps. Et ainsi de suite. Bien sûr, il faut être de son temps. Et savoir ne l’être pas. Comme la bêtise que l’on dénonce, savoir que nous y avons notre part. C’est entendu. Mais encore ? Disons les choses ainsi : s’il me semble que l’écriture m’est nécessaire, à quoi me semble-t-il que l’écriture est nécessaire ? Quel usage faire de la nécessité de l’écriture, quel sens lui donner, dans quel but ? Ce n’est pas qu’une forme. L’écriture est irréductible aux genres en lesquels on la subdivise pour la neutraliser, la rendre fonctionnelle, l’asservir aux desseins de l’industrie culturelle qui a besoin de produits qui touchent leur public sans délai, sans faille, un peu comme si le neutre avait préparé le neutral, une écriture si blanche qu’elle est d’emblée effacée, il n’y a plus qu’à remplir des pages vierges de n’importe quoi. Pensée d’un temps qui aura voulu sortir de l’histoire, probablement. Quelle est mon histoire, à moi ? C’est à ne pas dire mon histoire personnelle, mon fragment de biographie en cours, non : ce qui m’a fait, ce que je fais, puisqu’il faut toujours penser l’histoire par les deux bouts (quelle que soit la forme qu’on lui donne, d’ailleurs, flèche, cercle, spirale). Confus tout cela, non ? Je le crois. Mais s’il n’y avait pas de désordre, nous n’aurions pas besoin d’ordre. Enfin, je crois, je n’en sais rien.