28.10.20

Proche du néant aujourd’hui. À l’exception notable de l’énergie qui aurait plutôt tendance à déborder, elle. Passé une partie non négligeable (c’est-à-dire : excessive) de la journée dans les boutiques nourissant l’espoir de trouver des vêtements à mon goût, mais rien. Tout semblait si laid. Impensable seulement d’essayer. Ensuite, pour redresser la plume de mon stylo qui avait chu (l’opération semble avoir réussi), une autre boutique. Juste après, pour offrir Jane Eyre à Nelly, à la librairie, où nous échangeons quelques mots avec Roland sur Port-Royal. À croire que les Jansénistes sont partout. Mais non, comme le dit Sainte-Beuve, Port-Royal, ce n’est pas le jansénisme. Je venais d’ouvrir le livre de Pascal Quignard, Sur l’idée d’une communauté de solitaires, pour conclure qu’il n’y avait rien à en tirer. Que de l’enflure. Le titre de la conférence d’où provient le livre n’est pas de lui (Les ruines de Port-Royal des Champs est un livre de l’Abbé Grégoire que j’ai prévu de lire à un moment ou un autre après avoir fini la lecture du grand Port-Royal de Sainte-Beuve). Et puis, tout me semble tellement égocentrique. Tout me semble tellement ridicule. Tout est si étrange en ce moment, comment n’en viendrait-on pas soi-même à se sentir étrange ? Énergique, mais débordant, justement, ce qui sent le trop-plein, l’excès, la survenance. Tout est si déséquilibré, comment en viendrait-on à se sentir soi-même équilibré ? Depuis deux nuits, je m’endors avec les pièces pour viole de gambe seule du manuscrit de Tournus de Sainte-Colombe par Pere Ros (il y a aussi, intercalées, trois pièces des concerts à deux violes esgales interprétées avec Itzíar Atutxa), sans penser à Pascal Quignard, contrairement à maintenant (écrivant cette page du journal), ayant eu l’heur de ne pas lire son livre ni de voir son film (j’ai découvert au cours de mes recherches cette semaine le sujet de ces travaux que je connaissais de nom). Sain et sauf, ainsi, sans parasites inutiles, une oreille se disposant neuve à écouter quelque chose qui lui échappe parfaitement, mais qui peut aimer la perfection de cet échappement. N’est-ce pas là l’essentiel ? N’est-ce pas là ce qui nous tire de notre néant ? N’exagérons rien. D’abord, cette page n’est même pas écrite. Couchée, tout au plus.