29.11.20

L’air me manquait mais pas les gens qui le peuplent. Sur la plage, j’essaie de ne pas les voir, mais c’est impossible. Est-ce que cela fait de moi un misanthrope ? Je l’entends qui emploie le mot « couilles » en parlant à ses enfants (il en a trois), et qui beugle dans son téléphone portable dont le haut-parleur lui répond des paroles que je ne parviens pas à distinguer. Qui est misanthrope ? Daphné joue. Je la regarde. Un peu comme si j’étais ici et, dans le même temps, ailleurs.  Je prends mon ombre en photographie. Pour voir, sans doute, que c’est un cliché et un cliché. Qui est assez absent qu’il trouve le temps de contempler son ombre ? Absent, je ne dirai pas, non, mais ne pas le dire, ce n’est qu’une façon de jouer sur les mots. Et se trouver là où l’on se trouve, ne serait-ce pas le plus étrange mode d’être au monde ? Me dis-je en remarquant que je ne comprends pas cette expression : être au monde. Mais où es-tu si tu n’es pas là où tu trouves ? N’est-il pas vrai que je suis plus souvent dans mes pensées que là où je me trouve purement et simplement ? Mais où sont-elles, mes pensées ? Où sont-elles si elles ne se trouvent pas là où je me trouve ? Et où est-ce que je me trouve, moi, là où je me trouve ou là où mes pensées se trouvent ? Est-ce avec des questions de ce genre qu’on a fabriqué l’âme ? Est-ce avec du non-sens qu’on s’imagine faire des phrases qui ont du sens ? Je regarde les photographies où l’on voit Daphné courir et jouer sur la plage. Cela ne donne pas de raisons de douter. Ne puis-je pas me dire, de temps en temps, que je suis bien là où je suis ? N’est-ce pas ce que je suis en train de faire ? Le bleu du ciel répond à toutes les objections.