14.12.20

Potion sans magie. Bonne. Dans un état second. Pas dormi ou presque de la nuit. Mais pas de sensation poisseuse au réveil. Non. Simplement l’envie de dormir cent ans de plus. Hiver. Le ciel se couvre à mesure que la journée avance. Je marche en direction de la plage. M’assois. Prends deux photographies (une instantanée, une numérique), deux fois la même, à l’appareil près. Ensuite, je note dans mon petit carnet noir de poche le tercet que j’ai écrit en marchant. Une fois rentré chez moi, je le copierai de mémoire dans mon cahier rouge, et puis allant vérifier dans le carnet noir le dernier des trois vers, je le changerai pour un autre. Plus juste, me semble-t-il. Sur le chemin du retour, je garde ces corps étranges que je croise. Assise sur un muret dans le parc, une vieille pliée en deux paraît vouloir avaler ses pieds. Un peu plus loin, je vois des gens allongés sur le dos tendre de leurs deux mains de gros élastiques orange. Je ne m’arrête pas pour les contempler et ne pense plus à eux jusqu’au moment de les écrire. Sentiment grec. Mais il fait trop froid pour. Je devine dans le ciel sa négation. Que ne ferais-je pour m’y fondre ? — devenir azur. La tache rouge sur le bec du goéland a quelque chose d’angoissant. Goutte de sang qui plane dans la perfection bleutée. Je vois l’animal qui me regarde et repense à l’incarnat des cheveux platine de Tippi Hedren dans The Birds. La menace est partout. Dans ma tête surtout. Magie de l’imagination.