15.12.20

Sur ce front de mer artificiel (du béton), je n’ai pas pensé à la bêtise, aux contradictions, au non-sens, à l’absurdité de l’existence, je n’ai pensé à rien, je n’ai pas pensé du tout, j’ai senti l’air de la mer, regardé au loin un point qui fuyait chaque fois que je tâchais de le fixer, et pris un certain nombre de photographies. Sous un ciel changeant, les nuages portés et chassés par le vent soufflant par rafales, je n’ai rien tenté de tirer au clair : il y a tant de confusion, me dis-je, comment voudrais-tu t’y prendre ? C’est impossible. Entre le petit chemin qui longe le fleuve à l’endroit où il se jette dans la mer et le parc de musculation en plein air, installé là pour une raison qui m’échappe (y en a-t-il seulement une ?), se découvre un hameau d’habitations informelles, des tentes disposées en une sorte de cercle. Je les regarde de loin (même si je pourrais m’approcher, il n’y a personne). Mais je ressens une sorte de crainte ou de respect, je ne sais pas. Elles ne sont pas vraiment cachées, elles ne sont pas vraiment exposées, si l’on ne fait pas attention, on ne les voit tout simplement pas (en arrivant, je ne les avais pas vues, d’ailleurs), et il est à peu près certain que personne n’en a rien à faire. Il y a un peu plus de 14 kilomètres (c’est la machine qui calcule, pas moi, elle sert à ça, pas moi) entre cette plage et l’adresse que je lis sur l’attestation de déplacement dérogatoire qui est restée par terre sans son propriétaire. Entre chez moi et ici, à peine 3 kilomètres. Y a-t-il malgré tout une unité de l’espace ? En chemin pour rentrer chez moi, je pense à la concordance de temps. Et, marchant, je vois un lien entre elle (ou plutôt sa négation) et la bêtise ambiante. Mais à présent, il m’échappe. A-t-il disparu ? Peut-être, mais où ? Envie d’écrire des sonnets. En attendant : 
Paysages pâles
sans personne dedans
que l’absence.