17.12.20

Sentiment vaporeux. Je cherche un point de contact avec l’atmosphère. Il n’y en a pas. Ou alors tout ce que tu es est en contact avec tout ce qui t’entoure. Climat. Au bout de la digue, je considère l’espace qui me sépare des îles en face. Entre nous, il y a ces voiles bleues. Et tout cet air et l’humidité qu’il y a dedans. Tout cela, je le respire à pleins poumons. Pourquoi suis-je si, comment dire ? pourquoi suis-je si contemplatif en ce moment ? Est-ce une réponse à l’époque ? Est-ce que, l’air du temps étant de plus en plus irrespirable, j’en cherche un autre à respirer ? Ces derniers jours, chaque fois qu’une phrase me semblait trop négative, trop critique, trop destructrice, je tâchais de la tirer à moi pour l’orienter vers un autre sens, inverse, différent. Ce qui ne signifie pas, je crois, qu’il n’y ait rien à nier, à critique, à détruire, bien au contraire, mais que la destruction même présuppose une question d’équilibre : si tu te détruis toi-même, à quoi bon détruire ce qui t’oppresse ? Chaque jour, écrivant, donc, j’ai modelé mes phrases, les ai redressées. Il m’a semblé qu’elles étaient plus douces que d’autres que j’aurais voulu ou pu écrire à leur place, mais elles n’en étaient pas moins claires. Le sable qui se dérobe sous mes pieds ne me résiste pas et pourtant, il m’empêche de marcher aussi vite que je le voudrais. Je regarde le sol. Cette succession de limites courbes entre la mer et la terre, là où les vagues viennent s’échouer et se retirent ensuite dans le mouvement inverse. Je ramasse deux petits morceaux de verre polis par les flots. Un blanc et un bleu très clair. Quand je fouille dans la petite poche de mon pantalon pour les décrire, j’en trouve un troisième, brun, comme un morceau de sucre, dirais-je, que j’avais ramassé quelques jours auparavant. J’aime le bruit qu’ils font quand on les frotte les uns contre les autres entre les doigts. Un petit animal, un insecte, le roulis.