28.12.20

Le vent qui souffle rend saoul, rend fou. J’ai passé une bonne partie de la journée à marcher dans les rues de Marseille, à la recherche de quelque chose que je n’ai pas trouvé et que, peut-être, je ne pouvais pas trouver, parce que ce n’est pas ici que cela se trouve. Mais où ? J’ai marché, assez bêtement, fasciné par moments par la beauté du ciel, les vagues qui viendront se fracasser sur la Corniche. La laideur aussi, m’aura fasciné : visages voilés, visages masqués, silhouettes en jogging fièrement juchées sur leurs destriers à deux roues. Électrique triomphe de la civilisation. Ce que j’ai cherché, je ne l’ai trouvé ni dans les rues ni dans les librairies, ni dans le regard de mes semblables ni dans l’iode de l’air. C’était dans mes poches, peut-être, ça n’existe pas, peut-être. Peut-être que je ne sais pas regarder, peut-être que je ne sais pas chercher. Sur le chemin du retour (en passant par le front de mer), je me fais des promesses que je sais ne pas avoir envie de tenir. Je me les fais pour me faire quelque chose. Sinon, je ne me fais plus rien. J’ai l’impression qu’il pleut ou que la mer me ruisselle sur le chef. Je n’ai rien mangé depuis le matin, mais je n’ai pas faim. Je fixe mon attention sur le rivage sauvage et constate qu’il ne l’est pas. Pas un centimètre d’imaginaire, des kilomètres de réel. À perte de vue. Comment se méprendre à ce point sur la nature de la réalité ? me dis-je à présent que j’y pense. J’entends le vent qui souffle, mais il ne me fait plus rien. Je voudrais partir, mais où ? N’est-ce pas partout le même endroit ? Le décor change, et puis c’est tout. Ce qui ne change pas, je le transporte avec moi. C’est de cela que je dois m’occuper. Faire quelque chose au lieu de me faire des promesses que je n’ai pas envie de tenir.