4.1.21

Nous ne sommes pas des collections de fragments disparates. Cela signifie-t-il que nous soyons des touts ? Peut-être, quoique ce tout ne soit pas donné, il nous reste à faire. C’est ce que je viens d’écrire dans mon carnet à spirale mais pas mot à mot : nous avons le goût de notre morale, et inversement. Quoi d’autre ? J’avais décidé d’aller courir ce matin, pour en finir avec cette période de mollesse et d’abaissement qui aura duré ces deux dernières semaines. Il pleuvait, mais cela ne m’a pas empêché de faire ce que j’avais prévu de faire, plutôt me traînant que courant, mais enfin il faudra bien quelques jours pour rattraper le temps gâché qui vient de s’écouler. Je ne prends pas de décisions concernant l’avenir, je le laisse être, je me rends à moi-même la discipline que je m’étais donnée, et je laisse le reste advenir ou ne pas advenir. Si nous ne sommes pas donnés à nous-mêmes comme des touts, n’avons-nous pas trop tendance néanmoins à singer cette totalité en concevant des projets, en nous étendant dans un futur qui n’existe pas et auquel nous essayons de donner sens avant qu’il se produise ? Toujours plus loin en avant. Qu’est-ce que cela veut dire ? Je ne sais pas très bien. C’est étrange, mais tout à l’heure, réfléchissant à quelque fait précis me donnant raison, j’en suis venu à me dire que l’un de mes principaux défauts était de ne pas insister suffisamment sur le fait que j’aie raison. Or, ce n’est pas suffisant d’avoir raison, encore faut-il le manifester, le faire savoir, souvent  lourdement qui plus est, et c’est cette lourdeur que je ne supporte pas, alors qu’elle est nécessaire dans la vie sociale, alors même qu’elle est essentielle à la vie sociale. Il faut être socialement lourd et moi je n’aime rien tant que la légèreté (qui n’est pas la frivolité). Preuve possible que si nous ne sommes pas des touts, certains s’efforcent tout de même d’en former un ou un autre, comme une sorte d’image de soi à laquelle ils aimeraient bien parvenir à ressembler un jour, fût-il très lointain, ce jour. N’est-ce pas concevoir un projet ? Oui, mais aussi l’abandonner. Et puis, ce n’est pas le temps que l’on veut ainsi maîtriser, c’est soi que l’on veut former comme chose qui dure (res durans ?).