9.1.21

Ce matin, tartinant ma biscotte, je tente d’atteindre à l’indifférence suprême. La distance sans bouger. Rien ne me touche de ce que je lis que pensent mes contemporains. (Un peuple d’analphabètes s’exprimerait-il autrement ?) Je ne tourne pas la tête en arrière, mais je sais que, dans mon dos, là-bas derrière la barrière des collines, la grande torche de pétrole brûle encore. Ce monde cessera-t-il un jour de cultiver la mort et la bêtise ? J’avale une autre gorgée de mon inutile potion (thé, jus de citron et miel), cette nuit non plus, je n’ai presque pas dormi. Quand je me suis éveillé tout à l’heure, mes vêtements étaient trempés, les draps aussi. Et si la bêtise et la mort étaient consubstantielles au monde, son essence, moins au sens ontologique qu’au sens pétrochimique, me suis-je demandé. Et si c’était cela, le monde : la bêtise et la mort. Je n’aime pas cette hypothèse triste, mais je la fais quand même, parce que c’est la meilleure hypothèse à faire. Finalement, je me tourne. Par la baie vitrée, je contemple le spectacle de ce feu chimique, fumée noire qui monte au ciel et file à l’horizon, flamme jaune orangée, menaçante comme pourrait l’être une porte de l’enfer. Soleil bas sous un ciel gris et opaque. Eschatologie furtive. — Comme nous sommes inaptes au silence, apprenons au moins à haïr le bruit.