10.1.21

L’esprit universel est imbécile. Il change de sujet toutes les cinq minutes, si ce n’est plus souvent, il a un avis sur tout, mais il est incapable d’avoir la moindre idée générale, de former le moindre concept de ce qui lui arrive, il est traversé par des événements et des phénomènes auxquels il ne comprend rien ; il traite des données, résout des problèmes, mais n’en a aucune intelligence. Rien n’est problématique pour lui, rien ne doit pouvoir entraver son fonctionnement, rien ne saurait être aporétique — l’aporie signifiant la fin de la logorrhée de sa langue universelle. L’esprit universel se dissout dans le bavardage intégral. On parle de tout (il faut briser tous les tabous), mais on ne retient rien, pas la moindre leçon, à cause de cette dimension morale et insupportable que les leçons revêtent : Je ne veux pas devenir meilleur, dit l’esprit universel, je veux aller bien. L’esprit universel passe son temps à s’ausculter, il commence ses phrases les plus sincères par « Ma psy m’a dit… », et se dissout dans une infinité de particularités. La claire transparence des messages qu’il communique cache mal les taches opaques de ses mensonges, de ses renoncements. Tous les moyens sont bons, même les plus artificiels, pour que l’esprit universel ait bonne conscience. Sauf que l’esprit universel n’a pas d’esprit. C’est une machine automate.
Trop de pluie
de gris d’ennui
d’un geste léger
je censure l’univers.