15.1.21

Quand on peut s’accrocher à quelque chose de simple, il faut le faire. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait rien de « sophistiqué », ou que le sophistiqué doive être opposé à l’« authentique » auquel il faudrait le reconduire comme à sa vérité. Non, plutôt ceci : les expériences les plus complexes ne sont pas d’une nature différente des expériences les plus simples. Ou, mieux : une des formes de la vérité consiste à montrer l’absence de hiatus entre les expériences ; que la simple n’exclut pas la complexe, et inversement. Disons les choses autrement (et mieux, encore) : l’expérience directe n’exclut pas la révélation, la perception l’épiphanie, au contraire, comprises comme elles devraient l’être, ce ne sont qu’une seule et même expérience, conçue par les deux bouts, chacune se dilatant dans l’autre, chacun exprimant l’épanouissement de l’autre, sa concentration, son expansion. Cela, c’est la vie complète, accomplie, réalisée. Cela, c’est-à-dire : comprendre cette continuité, et parvenir à la vivre, à la ressentir dans le cours de sa vie même, l’éprouver en vivant, faire de sa vie, l’épreuve, l’éprouvé de cette non-scission entre les expériences, entre les expériences et moi, entre moi et ce dont les expériences sont des expériences. De quoi d’autre parler ? Même si je ne parviens pas à dire exactement ce que je voudrais dire (mais qui y parvient ?), tout le reste me semble un odieux bavardage. Auquel on pourrait certes consacrer un certain temps, histoire de fustiger les mœurs de ses contemporains, mais on ne parviendrait jamais qu’à accroître la masse énorme et accablante d’ennui sous lequel on étouffe déjà. En sorte que la locution À quoi bon ? ne doit pas venir après coup, mais avant de parler, comme une thérapie par anticipation : Souviens-toi de tout le temps que tu as perdu déjà, pataugeant avec tes semblables dans les marais du bavardage. Non, vraiment, tais-toi, cela vaut mieux. Et parle d’autre chose. Du vent qui souffle. Du ciel bleu vibrant de nuages. De la folie. Et de l’amour. Quelques vers de plus dans mon poème ce matin.