20.1.21

Comment ne pas diluer sa puissance ? Comment la conserver aussi primaire que possible — pure ? Pure : pense aux couleurs primaires. Bleu. Jaune. Rouge. Faut-il renoncer aux nuances ? Comment concilier ce qu’il ne semble pas possible de concilier : la puissance et la nuance ? Est-il vrai que ce sont là des contraires ? Essaie de modifier la relation. Sans nuances, pas de puissance. Les couleurs sont primaires, mais ce ne sont pas les mêmes. Peut-être sont-elles toutes primaires, mais ne le sont-elles pas toutes au même sens : primaire bleu, primaire jaune, primaire rouge. Qu’est-ce que cela change ? Qu’on voit la multiplicité dans l’unité et l’unité dans la multiplicité. Une couleur est une couleur (cette couleur est cette couleur, la couleur qu’elle est, c’est une seule et même couleur) et une couleur est une couleur (cette couleur est une couleur comme cette autre couleur-là l’est, elle est comme cette autre, une couleur). L’identité à soi n’exclut pas l’identité à l’autre ; c’est et ce n’est pas la même relation. L’identité est et n’est pas la même. L’identité est et n’est pas identique. Mais n’est-ce pas une contradiction ? Faut-il donc toujours reconduire la différence à l’opposition ? Dans quels cas faudrait-il reconduire la différence à l’opposition et dans quels cas ne le faudrait-il pas ? Ici, devrais-je dresser une liste ? Exhaustive ? Infinie ? Ce n’est pas ce que je recherche. Mais alors quoi ? Je peux concevoir une différence en tant qu’opposition et une différence sans opposition. L’harmonie est un système de différences sans opposition. L’harmonie s’accorde-t-elle avec la puissance ? Qu’est-ce que tu entends par puissance ? Ce qui poussa, par exemple, mes ancêtres, il y a quelque 45500 ans, à peindre des animaux sur les parois de la caverne où se trouvait leur refuge. Oui, mais dirais-tu qu’elle est de la même nature que celle qui te pousse à écrire ? N’est-il pas possible qu’elle soit et qu’elle ne soit pas de la même nature ? Je suis comme mes ancêtres tout en leur étant étranger. Je suis comme mes contemporains tout en leur étant étranger. Comment ne pas diluer ma puissance ? Est-ce que cela revient à se demander comment peindre une infinité de nuances sans diluer les couleurs primaires ? Je dirais : il faut peindre une expérience. De quoi ai-je besoin pour peindre mon expérience ? De ne pas diluer ma puissance. Et je tourne en rond. Est-il possible de briser ce cercle ? Peut-être n’est-ce même pas souhaitable. Correction : ce n’est pas mon expérience que je veux peindre, c’est l’expérience (comme mes ancêtres dans la caverne). Qu’est-ce que l’expérience ? Le monde ?