22.1.21

Des dizaines de vers écrits ces derniers jours, combien retiendrai-je ? 100, 10, 0 ? Ce n’est pas la bonne question à se poser. Écrire n’est pas un exercice de réussite, il ne s’agit pas de remplir un cahier des charges, cela, c’est une vision marchande, guidée par l’entêtement du profit (capitaliste, à supposer que ce mot veuille encore dire quelque chose, ce dont je doute), qui l’impose, vision qui elle-même est en passe de conquérir le monopole sur le marché des lettres. Et l’admiration complice qu’elle suscite est une forme d’esclavage. Mais je n’ai pas envie de parler de ça — l’époque fait tant de bruit qu’il me semble bien souvent ne plus parvenir à entendre ma propre voix. Qu’est-ce alors qu’écrire ? Je ne sais pas. Je ne veux pas le savoir. Si je ne retenais aucun vers de tous ceux écrits ces derniers jours, ne serait-ce pas un succès plus grand encore que celui d’achever le poème ? Je ne veux pas me complaire à moi-même. Me singer. Être ignoré est invivable, mais c’est sans doute la seule façon d’écrire : personne n’attend rien de moi, personne n’exige rien de moi, tout est vierge devant moi. La liberté est-elle à ce prix ? Pas la question de trop, non : trop de questions. Ce matin, au bout de la route, je suis allé admirer les nuages lourds et les vagues que les rochers brisaient. Ensuite, il a plu. De la grêle, d’abord. À présent, le ciel semble se dégager. Éclaircies par moments. Lumière par endroits. Un rayon de soleil éclaire notre figuier de barbarie. Plus loin derrière, je vois des gerbes blanches au point où se rencontrent la mer et les îles. Nulle envie (comme par réaction) de disparaître dans le paysage. Inutile. Entre lui et moi, il n’y a pas d’écart, pas de césure. Nous sommes. (Conjugaison de l’être au pluriel.)