9.7.21

Dix ans aujourd’hui. Mais je ne pense pas trop au passé. Peut-être que, si j’étais plus contemporain, je le ferais, je penserais au mien, par pur égoïsme. Non. Ce n’est pas mon genre. Mais quel est mon genre ? Albertine ? Toujours dans cette longue plage d’absence, de distance, d’indifférence. Sentiment assez agréable de traverser les jours sans les percevoir. Une certaine fatigue se fait sentir, pourtant : tous les jours, levé trop tôt à mon goût, la faute au bruit que font nos matinaux voisins, les oiseaux. Et ce matin, ces coups de bec ou je ne sais trop quoi, ces coups sur une surface métallique que, me levant, je n’entends plus, appartenaient-ils à la réalité ou à la fiction de mon rêve ? Mais qui pourrait rêver d’une telle fiction ? Difficile coexistence entre les espèces. Est-ce pire que de coexister avec des gens réputés être nos semblables ? Je n’en suis pas certain. La question n’est pas celle de l’espèce, d’ailleurs, mais pure et simple de la coexistence. Qu’est-ce que tu es prêt à sacrifier pour vivre avec quelqu’un ? Sachant que, cette question, à l’évidence, cette question n’a pas le moindre sens, tout dépendant de qui. Avec qui. Je ne voudrais vivre avec personne d’autre que Nelly. Marche cuisante sous le soleil. Je croise des êtres qui pourraient aussi bien être des mirages. Explosions de lumière, de couleurs, partout, massifs mauves qui se détachent comme d’irréelles apparitions sur la toile bleue du ciel, fruits tirant sur l’orange qui explose, parfums d’entêtantes figues (quand je la croque, c’est tout un univers qui parvient à la claire conscience de soi, qui se trouve là, présent, en chair dans l’inconsistance de cette saveur, granulé tout de contrastes), balcons perchés comme au-dessus du vide, îles à la dérive. Chef-d’œuvre involontaire d’une aléatoire Méditerranée qui, dans le même temps, tue ses enfants.