22.7.21

L’hélicoptère posé sur la pelouse du parc devant la façade du château a l’air grossièrement de son temps. De l’intérieur, nous ne l’entendons pas atterrir. Découvrant le pilote ensuite, je pense tout d’abord que c’est un vigile déguisé en commandant de bord avant de me rendre compte que non, c’est bien son uniforme. L’hélicoptère bleu s’appelle écureuil. Comme ce monde est déroutant. Sur Twitter, je publie quelques messages pour dire tout le mal que je pense d’un parallèle que Giorgio Agamben fait entre le passe sanitaire et le sort réservé aux Juifs pendant la période du fascisme. Auxquels personne ne répond. C’est n’est pas étonnant. Ce n’est pas important. J’ai souvent dit que, même seul, tout seul, je continuerai de parler. Aujourd’hui, j’ai envie d’ajouter que ce que j’ai à dire ne s’adresse pas à une personne, un groupe de personnes, un genre, une classe sociale en particulier, mais à tout le monde, en ce sens : à l’univers. Les sophismes qui nous tiennent lieu de pensée ne nous font pas avancer d’un pouce. Pourquoi, au lieu de mettre en circulation de la fausse monnaie, les philosophes ne se consacrent-ils pas à la seule et unique tâche qui peut être dite leur revenir : détruire les sophismes, détruire la superstition ? Comme si, personne n’ayant plus l’énergie d’écraser l’infâme, tout le monde s’était habitué à vivre avec, comme si l’infâme était désormais le repère dans lequel on donne aux dérisoires points que nous sommes leurs coordonnées. Comparer le passe sanitaire au sort réservé aux Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas seulement insulter la mémoire des millions d’êtres humains qui ont trouvé la mort durant cette période, c’est insulter les êtres humains qui meurent aujourd’hui, ceux qui essaient de vivre malgré tout, y compris la réduction des libertés, c’est aussi insulter la pensée. Impression de revenir sans cesse au point de départ, à la question de la poésie après Auschwitz dont parlait Adorno, question qui a toujours débordé le cadre strict de son énoncé par Adorno (je cite : « La critique de la culture se voit confrontée au dernier degré de la dialectique entre culture et barbarie : écrire un poème après Auschwitz est barbare, et ce fait affecte même la connaissance qui explique pourquoi il est devenu impossible d’écrire aujourd’hui des poèmes. ») pour contaminer l’ensemble des activités de la pensée humaine : nous sommes toujours renvoyés à cette catastrophe parce qu’elle est notre origine, paradoxaux modernes que nous sommes, et chaque fois que nous la bafouons, chaque fois que nous rabaissons son colossal à notre hauteur de nains, loin de nous en émanciper, nous nous l’assignons pour résidence, élargissons les murs de la prison qu’elle forme et où nous sommes voués à vivre confinés.