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21.7.21

Remarques et pensées sur la majesté déchue du monde, le sens de la vie, l’échec et autres considérations générales, particulières, autobiographiques ou non, ponctuées de fragments narratifs divers serait un bien meilleur titre que ce tristement prosaïque journal. Faussement descriptif, faussement sobre, donnant une fausse indication quant au contenu qu’un lecteur aventureux pourrait bien découvrir en se perdant dans ces pages. J’aimerais mieux un autre mot unique pour se substituer à celui qui baptise le fichier et la chose que j’écris mais, ne le trouvant pas, il faut bien que je me contente de celui-ci. La mouche, avec entêtement, vient se cogner contre la fenêtre fermée alors que, tout à côté, il y en a une autre, et double, qui est grand ouverte. Je voudrais lui citer cette remarque de Wittgenstein où, se posant la question de savoir quel est son but en philosophie, il répond : « Montrer à la mouche comment sortir du bocal à mouche » (6.2.17 : est-ce que je pense à cette remarque tous les 4 ans et 1/2 ?), mais il me semble que ce serait peine perdue. Que faire ? Me lever, me munir de cette tapette à mouche que nous avons découvert ce matin, et m’en saisissant, m’en servir pour écraser l’incapable fuyarde ? Il fait trop chaud. Daphné ayant investi le salon ouvert (décidément, les espaces ouverts sont la malédiction de ce siècle, qui matérialisent par l’absence qu’ils révèlent la haine de l’intimité, de la vie privée, de la pensée, quand même Daphné n’y serait pour rien, bien entendu, j’espère simplement qu’elle vivra dans un monde meilleur que le mien), je quitte la cuisine où je m’étais installé pour écrire et trouve un refuge approximatif dans la chambre à coucher où, sur deux tréteaux, je dresse une planche de bois pour composer un ensemble qui doit faire office de bureau. Tout à l’heure, devant une exposition d’art contemporain (peu importe le nom des artistes, ils sont tous interchangeables), anesthésie totale, sans même un jugement de valeur dépréciatif à l’encontre des objets qui peuplaient les espaces dans lesquels nous déambulions. Non, rien, tout simplement. Sans que je sache vraiment si c’est tout ce que ces objets-là sont susceptibles d’inspirer — une superficielle indifférence — ou si, à force d’être exposés à des objets qu’on investit d’une valeur esthétique a priori, avant toute expérience, c’est à cela que servent les institutions culturelles (musées, centres d’art, lieux d’exposition, etc.), on en vient à ne plus rien ressentir. Pourtant, un peu plus tard, fascination devant cette estampe croisée par hasard dans la vitrine d’une galerie qui figure d’incroyables acteurs de kabuki et, dans le coin en haut à droite, des dieux et démons guerriers. Qu’est-ce que je veux montrer ? Que l’expérience demeure possible, mais l’idée d’une esthétique a priori est un non-sens. Quel est ton but en philosophie ? — Écraser la mouche qui ne cesse de venir heurter la vitre. (Il faut trouver une issue de secours.)

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