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26.7.21

Il faudrait que quelque chose prenne feu pour me tirer de l’ennui. Certes, il est comme une seconde nature, mais l’anesthésie à laquelle il conduit me donne toujours le sentiment d’être enfermé. J’ai vu de belles choses mais, plongées dans un océan d’indifférence, elles ne ressemblaient plus à rien. Hier au soir, ce n’est pas tout à fait vrai, j’ai dévoré les cinq premiers chapitres de la ténébreuse Affaire de Balzac avec un plaisir goulu, sincère, sans distance aucune. Aussi, au réveil, pour être bien sûr que je n’avais pas rêvé, je me suis raconté en silence les événements qui s’étaient déroulés dans les chapitres, les personnages, les intrigues, et tout avait l’air clair, et tout avait l’air aussi réel que dans le livre. Peut-être, je crois que j’ai déjà évoqué cette idée, peut-être, faudrait-il s’abandonner dans un autre que soi, se laisser dissoudre en lui, et attendre de découvrir ce qui se produirait, si l’on en ressortirait grandi ou si l’on s’y évanouirait, si l’on y disparaîtrait. Il n’y a aucun lien entre mes idées, mais tant pis, je les consigne telles qu’elles se présentent à moi : dans l’église de Langeais, l’image de Ponce Pilate qui se lave les mains. Je la montre à Daphné et évoque l’origine de l’expression courante. Au premier plan à gauche, Jésus emmené par des soldats romains et, au fond à droite, Ponce Pilate sur les mains de qui un invisible personnage verse de l’eau d’une cruche. Y régnait le parfum de l’ancienne humidité, qui se saisit de vous avant de se laisser oublier. Finalement, n’est-ce pas le parfum du catholicisme ? Le parfum d’une époque défunte. C’est sans doute parce que, l’autre jour, une députée avait employé l’image de Ponce Pilate pour critiquer la politique sanitaire du gouvernement que cette scène a attiré mon attention. Pensait-elle au double sens que prend désormais cette image ou était-ce un lapsus ? Enduits de gel hydroalcoolique, nous avons tous l’air de Ponces Pilates post-modernes. Tout passe sur nous sans faire de taches (l’obsession de la résilience en est un bon exemple). N’est-ce pas à cette anhistoricité qu’aspire notre époque ? Qui n’est autre que la version macroscopique de mon anesthésie microscopique.

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