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1.8.21

Esprit alerte ce matin au réveil, ce qui est bon signe. Mais de quoi ? De rien. J’écris une série de phrases sur Twitter à propos d’une mobilisation qui ne faiblit pas. Mais à quoi bon ? Encore à rien ? Non, ce n’est pas vrai : pour mettre mes idées au clair. C’est le moins que je puisse faire. Sauf que je n’ai toujours pas trouvé quoi faire d’autre de cet esprit alerte, au réveil ni à n’importe quel moment de la journée. De fait, j’ai la sensation de tourner en rond dans un bocal où se fait ressentir toujours la même douleur, toujours la même peur devant ce gouffre : je ne sais pas quoi faire. Pas la moindre idée de rien. Je tiens ce journal, ou plutôt, c’est lui qui me tient. L’ai-je déjà écrite cette phrase ? il me semble bien, et il n’y a pas de raison de ne pas l’écrire de nouveau, autant de fois qu’elle se présentera à moi, les jeux de mots servent à cela, pas seulement à faire rire ou sourire, à révéler des phénomènes qui, autrement, passeraient inaperçus. Quoi qu’il en soit, il est clair que c’est tout ce à quoi je suis bon, ce journal, autant dire à pas grand-chose. Lisant Balzac avec passion, il m’apparaît évident que je suis incapable d’écrire un roman d’une certaine envergure, et d’ailleurs je ne sais même pas de quoi je pourrais parler. Le reste ne m’intéressant pas, ma vie se résume à cette terreur absurde — absurde parce qu’elle contient la réalisation de ce dont elle est terreur, l’incapacité à écrire quoi que ce soit (à part ce journal, donc, mais ne soyons pas si prosaïques). Tout à l’heure, quelque part dans le voisinage, quelqu’un s’acharnait à massacrer à un doigt les premières notes de mélodies connues, Bella ciaoou La lettre à Élise sans souci de hiérarchie des valeurs. Écoutant cet être malgré moi, j’ai eu envie de lui crier ces mots odieux : « Entre la musique et le suicide, il faut choisir ! », mais je ne l’ai pas fait, d’une part, parce que ces mots sont effectivement odieux et que le simple fait de les penser a en soi quelque chose d’abject, d’autre part, parce que je ne sais pas à qui je me serais adressé, ce faisant. Et puis, je m’en suis rendu compte après avoir formulé cette phrase abjecte, en réalité c’était à moi qu’elle s’adressait plutôt qu’à n’importe qui d’autre : si je n’ai pas la force d’accomplir ce que je désire accomplir plus que tout, à quoi bon vivre ? Il y a 65 millions d’années, quand d’immenses requins sillonnaient les espaces qui se trouvent aujourd’hui au-dessus du niveau de la mer, ces questions ne se seraient pas posées, bien sûr. Quels seront les faluns de ma pensée ? Dents de lait. Hier, en parcourant cette exposition dans les sous-sols du musée des Beaux-Arts d’Angers, j’ai pensé à ce vin que l’on peut boire en Provence. Des flèches invisibles traversent l’histoire. À quelle profondeur faut-il descendre pour remonter à la surface avec des pensées aussi absurdes ? Ô douceur du temps quand nous n’étions pas : nostalgie de l’impossible.

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