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4.8.21

Il a encore plu. (Ne fait-il que cela, pleuvoir ?) Bruine fine sur la glace que les balais essuient mal. De même que les rumeurs, la bêtise, le scepticisme, la désinformation, la déraison, la grossièreté dont mes rêves, mes efforts pour avoir les idées claires me débarrassent avec les plus grandes difficultés. Quand ils y parviennent. Là où nous étions aujourd’hui, j’ai souvent eu envie de chasser les gens qui s’y trouvaient aussi sans être avec moi de petits gestes brefs de la main, comme on le ferait entouré de minuscules moucherons, vous savez, ceux-là qui semblent s’amasser en petits essaims et se déplacent sans qu’on parvienne jamais à comprendre les raisons qui les poussent à aller ici ou là, on a beau se dire qu’ils sont reliés entre eux au niveau quantique, cela ne rend pas leur spectacle plus intéressant ni leur aspect plus ragoûtant pour autant. Si l’on découvrait que les touristes qui voyagent en groupes sont reliés entre eux au niveau quantique et non par le guide qui leur fait la visite ni les tablettes qui leur présentent le monde historique dans lequel ils pénètrent en réalité augmentée, cela les rendrait-il plus agréables à voir pour autant ? (De l’impossible partage de l’espace. D’où la nécessité — à laquelle j’ai longtemps refusé de croire — d’une vie privée absolument distincte de la vie publique, ne serait-ce que pour ménager la possibilité d’un exil intérieur dès lors que l’exil extérieur n’est plus possible.) Peut-être que la réalité quantique est tout aussi merdique que la réalité augmentée, que la réalité touristique, que la réalité tout court, mais dans la mesure où l’on n’en a pas percé les secrets à jour, on continue à y rêver, pensant à elle à la manière ancienne des explorateurs qui s’apprêtaient à contaminer les terres et les peuples à la découverte desquels ils partaient, — ils ne le savaient pas encore, mais le nouveau monde serait tout aussi pourri que l’ancien. C’est vrai qu’un tel état d’esprit suffirait, s’il était partagé par l’ensemble de la population mondiale, à rendre impossible a priori toute découverte, mais est-ce que ce serait un mal ? Oh, vous savez, je ne prône pas le repli sur soi, pas plus que la misanthropie, non, les misanthropes sont des imbéciles, ils s’omettent toujours eux-mêmes dans leurs détestations et, en bons couards qu’ils sont, retardent sans cesse d’un jour de plus leur suicide, comme ce nazillon de Cioran, non, je ne prône rien du tout, mais qui n’a pas envie de tout arrêter, qui n’a pas envie, devant le spectacle affligeant d’un jeune enfant les yeux rivés sur une tablette qui défigure la réalité diminuée qu’il pourrait admirer de ces yeux nus, naïfs et sublimes, de foutre le camp ou de tuer tout le monde, qui ? Magnifique phrase lue en dépit de mes paupières lourdes qui se fermaient contre mon gré hier au lit, c’est le mot que je vais souligner qui m’y fait penser, dans le Curé de village de Balzac : « Le sublimevient du cœur, l’esprit ne le trouve pas, et la religion est une source intarissable de ce sublime sans faux brillants ; car le catholicisme, qui pénètre et change les cœurs, est tout cœur. » Tout cœur, quelle touchante et juste formulation. De celles qui résistent, je l’espère, à la question abyssale : et nous, de quoi sommes-nous tout ?

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