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9.8.21

Que vaut ton existence ? Pas grand-chose. Si on te la montrait en face, tu serais terrifiée. Mais ce n’est pas vrai, il n’y a pas de conditionnel : ta vie, dans sa vérité la plus crue, ta vie t’est montrée tous les jours par son absence, par son indifférence, par son insignifiance, donc, et toi, tu ne la vois pas, tu vois ce qu’on te montre, obsédée que tu es par ce derrière quoi ta vie se trouve cachée, dissimulée, obscurcie, cela même, tu l’admires et, pourtant, dans son négatif, c’est le spectacle cruel, mortel de ton existence qui est figuré. Tu n’existes pas. Il suffit qu’un téléphone sonne, qu’une image apparaisse, qu’un message émis d’ailleurs, de nulle part peut-être, soit diffusé pour que, aussitôt, tu t’effaces, tu sois effacée, en vérité, négligeable chose dont l’histoire du monde peut faire l’économie sans perte, sans tristesse, sans oubli. D’où l’acharnement à la diversion : les objets sont là pour cela, des objets en tous genres, car les causes aussi sont des objets, des animaux, du climat, de la liberté, de la vie, de n’importe quoi — c’est moins l’objet en lui-même que ta relation à lui qui compte —, du moment que tu peux continuer de jouir. Il faudrait arrêter pourtant, un instant, contempler le sublime néant dont est fait ton quotidien, le logement ordinaire où réside l’extraordinaire, ce territoire dévasté où s’abroge la loi universelle de la survie de l’espèce. Jadis, je crois, ce territoire, on l’appelait l’âme, ou quelque substantif semblable, mais ce mot ne faisant plus partie de notre vocabulaire, et la chose qui l’accompagnait n’existant plus, par suite, nous sommes dépourvus des outils conceptuels qui nous permettraient de faire quelque chose de cette expérience, de la nommer, de la décrire, de la vivre. Cette expérience a lieu, c’est le paradoxe que je voudrais souligner, cette expérience a lieu, mais personne ne la vit : la personne qui devrait vivre cette expérience n’en a pas les moyens. Qui se trouve sans rien face au néant. Démunie. Les expériences flottent dans mon monde sans langage pour les décrire, expériences vécues par intermittence, procuration, médiation d’un autrui lointain, distant, indifférent. Dieu pouvait se loger au cœur de l’individu, mais cet endroit s’est vidé, ce n’est pas là que vivent les stars qui fascinent nos désirs, leurs paradis sont ailleurs, dans la fiscalité, pas dans le monde réel. Et puis, ton cœur, soyons sérieux : qui pourrait vouloir habiter un lieu si triste, si pauvre, si vain ? Un être qui aime d’un amour infini, mais toi, personne ne t’aime.

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