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10.8.21

Fenêtres ouvertes de nouveau, microclimats dans la saison, de l’autre côté de la rue parviennent les sons d’une détestable rengaine qui transpire de haine, de violences subies et infligées ; — le monde moderne, quoi. On a tort de croire que nous vivons une époque confortable, il n’y a ni paix ni possibilité d’apaisement, tout ce qui se règle avec de l’argent porte la menace d’une destruction. Pas d’esprit, pas d’âme, pas de morale, on hait les idées mêmes que ces mots évoquent, rien que des chiffres alignés les uns à la suite des autres. Oh oui, les yeux brillent devant les milliards, mais c’est d’aveuglement : on ne voit plus rien que des gens qui ont réussi ou qui se fracassent contre le mur de ce fantasme. Toute une espèce coupée en deux : d’un côté, le petit nombre des élus, de l’autre, la masse des gens ordinaires, banals, dont on peut se dispenser, dont on se dispense de fait. Le bonheur en espèces sonnantes et trébuchantes, plus bas degré, comme la liberté qui va avec, celle-là même qui est revendiquée par des figurines vides qui rêvent une vie qui n’est pas seulement inaccessible, mais inexistante. C’est sur son illusion que se braquent nos regards éteints. Mais pourquoi fais-je cette description ? Je ne le sais pas. Peut-être s’agit-il d’un automatisme, d’un réflexe, mais cette critique du plus bas degré de bonheur et de liberté, n’est-elle pas elle-même le plus bas degré de la critique ? Comme si je me dispensais de tout autre effort, ce faisant. Je suis allé chez le coiffeur, ce matin. Me découvrant cheveux coupés (la dernière fois que quelqu’un y avait touché, c’était Nelly, qui acheva de raser mon crâne au millimètre près, il y a un peu plus d’un an), j’ai cru voir un autre visage, mais c’était le mien, toujours le même, plus frais, plus vivant, plus à mon goût, je crois que je puis le dire ainsi. Derrière leurs masques, les dames qui tenaient cette boutique de province ne me semblèrent pas belles. Je prêtais toutefois à leurs façons de se mouvoir, de parler, le ton sec de la patronne, les gros mollets de la shampouineuse, l’insistance maladroite de l’encaisseuse. De quoi faire un roman, probablement. Pour l’instant, je préfère lire Balzac.

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