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22.8.21

Je passe la majeure partie de la matinée à essayer de résoudre un problème de nature technique qui n’existe pas ou alors s’est résolu tout seul. Mais cela n’existe pas, les problèmes qui se résolvent tout seuls. À moins que j’aie trouvé la solution en dépit de moi, sans en avoir conscience, qui sait ? Quand je m’en aperçois, j’essaie de ne pas succomber à la tentation de donner un sens moral à cette aventure minuscule, j’essaie de ne pas faire de l’histoire de cette matinée perdue à ne presque rien faire l’histoire de toute notre vie. Et comprenant que c’est plus difficile que je ne le crois, il me semble que cette propension à trouver un sens moral aux moindres fragments de nos existences, comme à trouver une dimension esthétique à tous les aspects de nos vies et de leur environnement, même les plus repoussants, vient du fait que nos existences sont foncièrement nulles, vaines, mal vécues, voire pas vécues du tout. D’où, me semble-t-il donc, cette propension au superlatif, cette volonté de voir de la politique partout, de faire de chacun de nos gestes, de chacune de nos déclarations un manifeste pour le bien de l’univers. Si nous étions sincères — mais qui peut se flatter de l’être ? —, si nous étions sincères, nous avouerions qu’il n’en est rien, que nos gestes ne sont que des mouvements plus ou moins bien exécutés, nos déclarations guère plus que les éructations d’estomacs gavés d’aliments indigestes. Oh, bien sûr, ce n’est qu’une façon de dire la vérité, parmi d’autres, bien sûr, mais qui pourrait bien avoir le désir d’une telle vie, qui en supporterait la seule idée ? Me trouvant incurablement imbécile, il vaut mieux que j’érige cette bêtise crasse en signification supérieure et édifiante afin de tromper mon monde qui, après tout, je suis comme lui, il est comme moi, ne demande que ça. Il faut de l’énergie pour anéantir le mensonge et l’hypocrisie (ne serait-ce qu’à nos yeux à nous-mêmes), une énergie que nous préférons investir ailleurs, dans la réussite professionnelle, la multiplication des partenaires sexuels, la possession d’une plus grosse voiture, d’une plus grande maison, de plus gros seins, l’indécente quête de la célébrité, partout où elle se gaspille en pure perte, une dépense sans reste, sans histoire. Et nous endormir avec le sentiment veule du devoir accompli. Dans la pénombre encore, au réveil, j’avais gardé les yeux fermés quelques instants de plus, cherchant non pas de bonnes raisons de me lever, qui est sincère les connaît déjà ou sait qu’il n’en est pas, mais une idée à contempler ainsi, allongé. Les traces qui semblaient avoir été faites par d’invisibles griffes sur ma peau il y a quelques jours disparaissent peu à peu. Par la fenêtre, j’observe des femmes venues de l’autre rive de la Méditerranée observées par un homme qui, torse nu, déjeune seul et debout sur son balcon, un coup d’œil succédant à une bouchée. C’est l’été.

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