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23.8.21

Nuit striée de réveils. Causés par les infrabasses du concert en clôture, j’imagine, du festival qui a privatisé pendant trois jours l’espace public du parc où j’ai l’habitude de courir et envahi la nuit. Le kilomètre à vol d’oiseau qui me sépare du lieu d’où ne suffit pas à atténuer cette pollution sonore. Histoire du paysage. Causés par le rodéo d’un motard que rien ne semble pouvoir arrêter, que personne ne semble vouloir arrêter. Images de la France. Fille aînée de personne. En conséquence de quels réveils, je me souviens que j’ai fait quatre rêves. Dans le premier, je présentais des ouvrages à GB, livres que j’avais traduits ou écrits, ou les deux, peut-être, ce n’était plus très clair au réveil, ce qui l’était, en revanche, c’est que, sur le dernier, dont je n’étais pas l’auteur, il portait des corrections, commençant bizarrement par la fin et se plaignant de la mauvaise qualité du travail effectué, avant de s’interrompre, me disant qu’il allait emporter le livre pour continuer, puis me le rendre, ce à quoi je répondais en plaisantant qu’il faudrait qu’il m’en procure un autre, vu l’état de celui-ci. Nous rîmes. Ensuite, lors d’un grand cocktail, mon père, vêtu d’un smoking, nous proposait des petits fours. Le deuxième rêve était une sorte d’hymne érotique à la virilité turgescente. Qu’est-ce que tu bandes dur, s’exclamait-t-elle. Dans le troisième, mais je ne suis plus tout à fait certain de l’ordre, ce fut peut-être le dernier, pas le premier, en tout cas, cela j’en suis certain, dans le troisième, je plantais des fleurs. Quant au quatrième, je me souviens de l’avoir fait, de même que je me souviens de m’en être souvenu au réveil mais, tandis que je me souvenais des autres, je dus l’oublier. Étrange trou. D’où cette fatigue légère que je ressens depuis le réveil. Causée par la course aussi que j’ai faite hier en fin de journée, 9 kilomètres dans la ville, à cause du parc donc fermé, 9 kilomètres sous une chaleur lourde et épuisante. Séquelles bénignes, mais séquelles quand même. Dans le Bal de Sceaux dont j’ai terminé la lecture hier au soir, Balzac oppose l’amour à la société. Émilie, qui a toujours été la juge implacable des ridicules de ses contemporains bien au-dessus desquels elle se tient dans sa tour d’ivoire, Émilie tombe amoureuse de Maximilien. Coup de foudre réciproque. Mais, quand elle le découvre calicot, tous leurs projets communs s’effondrent. Elle finit par épouser un vieil oncle qui se refuse à mourir. Et quand, à la fin du roman, elle reverra Maximilien qui, devenu riche, aura retrouvé toute la noblesse de sa particule, il sera trop tard. Balzac conclut son roman par cette remarque cruelle : « En ce moment, M. de Persépolis lui dit avec sa grâce épiscopale : “Ma belle dame, vous avez écarté le roi de cœur, j’ai gagné. Mais ne regrettez pas votre argent, je le réserve pour mes petits séminaires.” » L’argent et les sentiments ne font pas bon ménage. La société, je l’ai dit hier, la société n’aime pas l’amour, qui menace l’ordre qu’elle établit pour se maintenir dans son empire. Un peu plus tôt dans son récit, Balzac, anticipant la chute pathétique en une phrase géniale, avait décrit ainsi la transformation d’Émilie : « Peut-être, après tout, son égoïsme se métamorphosait-il en amour. » En amour, c’est-à-dire : en un sentiment antisocial. Contre la cohérence des dispositions constituées en seconde nature par le milieu (la position dans la hiérarchie sociale, l’argent, l’éducation, la certitude de sa supériorité), l’amour introduit du désordre. Découvrant ce qu’elle s’imagine être la basse extraction de son amant, l’amour, par la force des préjugés sociaux, se métamorphose à l’envers en égoïsme. Le sujet clos sur lui-même, contrairement à ce que donne à penser une sociologie idéologique grossière, est l’individu entièrement socialisé, dont l’égoïsme accomplit le rôle que la société lui donne : croyant faire ce qu’il veut, c’est-à-dire se croyant libre, il renforce le déterminisme dont il est l’objet. L’individu qui, par l’amour, s’ouvre à une autre dimension de l’existence, est le seul qui soit vraiment libre parce qu’il change, se transforme, accomplit sa métamorphose, dit Balzac. Que cette évolution se solde par un échec, dit encore Balzac, n’est pas la preuve de l’irréalité des sentiments individuels, de l’amour en l’occurrence, mais de la violence que la société fait subir à ses membres, véritables martyrs, comme l’était en un sens inverse l’Augustine de la Maison du chat-qui-pelote, véritables martyrs dont l’élan se fracasse contre le mur d’enceinte invincible du monde social.

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