24.8.21

Mauvaise nuit encore. Pas de festival qui s’achève, ce sont les ouvriers qui ont pris le relais des artistes, comme toujours, mais de nouveau le bruit détestable de ce moteur à explosion, qui déchire ce voile de paix recouvrant le monde qu’est la nuit, vient me tirer hors de mon sommeil. Un jour, il faudra faire la généalogie de la haine de la nuit, du désir de lumière permanente, du fantasme de l’activité continue, sans pause aucune, du 24/7, de ces villes toujours plus immenses qui repoussent la pénombre dans des recoins toujours plus sombres, notre histoire, nous citadins qui ne connaissons pas la nuit et qui, quand nous la découvrons, en avons peur comme des enfants tout neufs. Te souviens-tu de cette nuit noire de Finistère, quand j’avais fait demi-tour sur la petite route menant au port, nous la connaissions bien pourtant, mais elle avait disparu dans le noir de la nuit, et il ne restait plus que deux corps perdus au monde, qui tâchaient d’avancer à tâtons, vers Dieu sait où ? Peut-être est-ce le même motard, mais ce n’est pas la même moto que la veille, je le devine à l’écoute, le bruit n’est pas identique, il est plus aigu, plus pétaradant que ronronnant, ce qui ne le rend pas moins insupportable, simplement différent. J’essaie de m’accrocher à cette différence pour détourner mon esprit de l’insomnie qui le guette et sombrer ainsi dans le sommeil, mais je n’y parviens pas, alors je me dis que ce n’est pas grave, que je dormirai plus tard, vers le matin, c’est toujours quand il est trop tard que le sommeil perdu revient, mais je crois que je m’endors, et je rêve que je suis à Dallas, où je ne suis jamais allé, mais à Houston, mais à Austin, et qu’en revenant, je demande à une amie, qu’avec R nous étions allés rejoindre à Austin, si elle connaît Dallas. Pourquoi Dallas ? Pas la moindre idée.